L'HYPNOSE ET LA MEDECINE DE DEMAIN

Par François Favre

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Cet article est une approche théorique de l'hypnose médicale. Il différera donc fortement des conceptions courantes à ce sujet, celles-ci étant d'ailleurs si disparates qu'elles en deviennent contradictoires. Il entend montrer que toute activité de soin, quel que soit le personnel soignant, quelle que soit la thérapie, fait intervenir l'hypnose au sens large (la relation affective). Même entendu de façon restrictive, l'état hypnotique ne peut être défini qu'en contradiction totale avec les principes courants de la médecine universitaire, aussi bien qu'avec ceux de toutes les médecines parallèles et de toutes les psychothérapies, même et surtout celles qui se veulent scientifiques. L'hypnose soulève donc des problèmes de fond sur la nature de la maladie, du soin et de leurs mécanismes.

L'hypnose étant à la source même de la psychophysiologie et de la thérapie, il est impossible de traiter l'ensemble de la question en quelques pages. Nous ne ferons donc qu'ouvrir quelques voies qui nous paraissent essentielles pour les soignants.

Communément, qu'est-ce que l'hypnose ? Tout le monde a pu voir au music-hall (ou à la télévision) des séances de "magnétisation" où les suggestions semblent si puissantes qu'elles produisent réellement des sensations de chaud ou de froid, de rigidité des membres, etc., et après lesquelles les sujets ne se souviennent de rien et obéissent à des ordres absurdes commandés durant la séance (dits "posthypnotiques"). Tout le monde, de plus, a entendu parler de la possibilité sous hypnose d'influencer les malades dans le sens de leur guérison, que la maladie soit physique ou mentale.

 

 

SCIENCE ET CROYANCE

De tout temps et en tout lieu, l'état hypnotique (ou transe) a été associé à la production de phénomènes psychiques, physiques ou psychophysiologiques étranges. Dans le cadre contemporain des sciences dures, le terme "étrange" renvoie à des événements qui semblent contredire le principe de causalité (une cause engendre des effets postérieurs). On les qualifie de nos jours de "paranormaux" (ou psi), indiquant par là qu'ils contredisent les lois mêmes de toute science déductive : ce terme désigne en quelque sorte le régime propre de l'hypnose, qui ne semble relever ni du réel ni de l'imaginaire mais de la veille et du sommeil à la fois.

L'existence de ces phénomènes reste sujette à controverses, car ils sont le reflet direct des croyances de ceux qui les produisent. Dans une société technocratique comme la nôtre, on ne croit en général qu'aux miracles produits par les sciences dures, qui présentent l'insigne avantage d'être reproductibles (par des techniques). Cette reproductibilité n'est pourtant qu'un aspect secondaire : l'invention elle-même, non reproductible par définition, reste l'inconscient absolu des sciences dures.

Du fait de l'idéologie technocratique, les gens produisent donc le plus souvent sous hypnose des phénomènes qui paraissent beaucoup moins étranges qu'ailleurs ou que dans notre propre passé récent (moins d'un siècle), au point que certains scientifiques nient l'existence réelle de ces derniers, voire l'hypnose elle-même. On se trouve là confronté à ce qu'on appelle en science les preuves testimoniales, lesquelles ne soulèvent aucun problème quand les témoins sont très nombreux (cas de l'Histoire) et récents, mais qui en posent d'insurmontables dès que les témoins sont relativement peu nombreux et que ces événements vont à l'encontre même des croyances des juges (comme l'absolue validité, en Occident, du principe de causalité).

Toutes les sociétés occidentales ne sont cependant pas logées à la même enseigne. Si l'hypnose reste très utilisée dans les pays anglo-saxons et fait l'objet de recherches actives, c'est que ceux-ci n'ont pas comme en France l'esprit obscurci par le rationalisme, qu'ils croient plus aux faits qu'aux théories et que la démocratie (scientifique ou autre) n'y est pas un vain mot. Non seulement l'hypnose est aux Etats-Unis d'emploi courant en médecine, mais elle fait même l'objet d'une discipline scientifique à part, la parapsychologie, enseignée dans plus de vingt universités. Il existe néanmoins en France une école de parapsychologie psychiatrique, essentiellement théorique : contrairement aux positions anglo-saxonnes, elle nie la possibilité même de dissocier les deux disciplines. C'est un tel point de vue que nous voulons ici exposer.

 

LES FONDEMENTS DE LA PSYCHOSOMATIQUE

Si les conceptions de l'hypnose sont si contradictoires, c'est qu'aucune ne repose sur une théorie de l'articulation psychosomatique. Plutôt donc que de décrire empiriquement la nature de l'hypnose, les méthodes pour la produire et ses usages thérapeutiques (comme le font tous les traités), il sera beaucoup plus clair, sinon simple, de rappeler d'abord quelques propriétés essentielles de la vie. Le reste découlera de soi.

L'illusion du monisme

La notion même d'articulation du corps et de l'esprit (et plus généralement de la matière et de la pensée) est-elle philosophiquement fondée ou n'est-ce qu'une illusion ? Il est clair que le matérialisme, associé au principe de causalité, est indéfendable : si je ne suis pas libre, alors ce que je crois, dis et fais ne peut avoir aucun sens (cela s'applique donc au matérialisme lui-même). Inversement, le spiritualisme (associé au finalisme) ne saurait rendre compte du fait qu'il existe un monde matériel qui me résiste, sur lequel je ne puis globalement rien et qui m'amène irréversiblement à la mort (le monde n'est pas mon rêve... ni celui d'autrui puisqu'on retomberait alors dans le matérialisme).

L'intérêt pratique du dualisme

Le dualisme philosophique ne saurait être non plus une explication satisfaisante puisqu'il dissocie l'esprit et la matière alors que la vie est faite de leur imbrication. Mais son intérêt scientifique est incontestable : en distinguant sciences de la réalité (logiques, causales, analytiques), en particulier du corps, et sciences de l'imaginaire (morales, finales, globales), en particulier de l'âme, il permet de sérier clairement les problèmes à étudier et, au sein même de ces disciplines, d'utiliser le raisonnement simple du tiers exclu (inapplicable à des phénomènes à la fois réels et imaginaires), quitte dans un second temps à rétablir leur articulation.

En pathologie, la notion de normalité peut intéresser le corps (les critères seront alors la physiologie de l'espèce) ou l'esprit (les critères alors ne seront que ceux de la personne concernée). On distinguera ainsi en médecine la pathologie somatique (notion de maladies, à critères objectifs) et la pathologie mentale (notion de malades, à critères subjectifs). Contrairement à une opinion répandue, une maladie mentale, ça n'existe pas. Ce qui existe, c'est la souffrance morale de malades, bien réelle pour eux mais purement imaginaire parfois pour autrui.

Dans cette optique dualiste, il est capital de distinguer médicalement les techniques des rituels. Une technique est efficace même sur un sujet comateux ; un rituel ne l'est que sur un sujet conscient. Toute la médecine enseignée à l'université (dite encore biomédecine) porte sur des techniques ; toutes les médecines parallèles (homéopathie et acupuncture au premier chef), toutes les psychothérapies (dont la psychanalyse) sont des rituels qui visent par des conduites irrationnelles (mais pertinentes pour le patient concerné) à obtenir un résultat improbable, c'est-à-dire un "miracle".

La valeur du complémentarisme

Une fois qu'on a éliminé le monisme et le dualisme, il ne reste que le complémentarisme, approche quasi inconnue en Occident, en philosophie comme en science, mais qu'on retrouve dans toutes les sociétés non monothéistes. Certains philosophes et psychiatres occidentaux conviennent certes que la source de l'Etre est l'affectivité (dont les manifestations sont le conflit et l'harmonie, le corps et l'âme, la sympathie et l'antipathie, la matière et l'esprit, etc., ainsi que leur mélange neutre, la signification). Mais très peu d'entre eux utilisent à ce propos les outils rationnels et scientifiques adéquats. Or à ce niveau, on ne peut raisonner qu'en "tiers inclus" : tout phénomène, tout événement y est à la fois objectif et subjectif, logique et moral, causal et final,. Autrement dit, la modélisation du temps ne peut y être que circulaire. On remarquera que nos actes volontaires courants comme nos perceptions conscientes ordinaires sont des phénomènes psychosomatiques élémentaires qu'aucune théorie non complémentariste n'a pu, ne peut et ne pourra décrire ou expliquer : ils sont, scientifiquement parlant, "paranormaux".

Un point essentiel du complémentarisme, repris des philosophes du temps, est que le présent (l'actuel) est seul réel, autrement dit que le virtuel (passé ou futur) est imaginaire et donc modifiable. Les relations complémentaristes entre ces deux aspects produisent nécessairement des phénomènes psi, dont les plus fondamentaux sont la prémonition d'un événement matériel et l'action mentale sur un passé physique (ou "rétroPK").

A côté des troubles qu'on peut catégoriser de façon approximative mais pertinente d'un point de vue thérapeutique (maladies somatiques et malades mentaux), l'immense majorité des troubles, qu'ils soient graves ou bénins, ne rentrent pas dans ces catégories élémentaires. L'explication naturelle, que tout le monde a soi-même observé, est qu'il existe des "conversions" ou des "transferts" psychosomatiques : le physique, comme dit la sagesse populaire, déteint sur le moral ; et inversement.

Dans cette perspective, il convient d'affirmer que tout soin (qu'il soit corporel ou mental) est une signification en puissance. Même inconsciemment, un soin physique est toujours modulé par l'attitude relationnelle, ce qui entraîne obligatoirement une impression mentale chez le patient pouvant à son tour rétroagir, positivement ou négativement, sur le soin initial ("effet" dit placebo ou nocebo). De même, un soin mental est toujours modulé par le contexte physique ambiant, d'où "effets" mentaux secondaires qui, faute de contrôle de l'équipe soignante, peuvent annuler voire inverser le bénéfice initial escompté.

 

QU'EST-CE QUE L'HYPNOSE ?

Les états dits (scientifiquement) normaux sont définis selon la dichotomie objectif/subjectif : la conscience et la volition s'exercent objectivement sur le corps sensori-moteur et le monde extérieur, tandis que l'inconscient et l'imagination s'exercent subjectivement sur le corps viscéral et les mondes intérieurs. Or dans l'hypnose, ces relations sont inversées : la conscience et la volition s'exercent sur le corps viscéral et les mondes intérieurs. Autrement dit, les perceptions et les actions se manifestent par des "effets" psi.

Les modifications paranormales de l'hypnose vont de la simple apparence (faire croire à un état ou des capacités inhabituelles) à des faits physiques réputés impossibles (voyance et action mentale intracorporelles ou "à distance") en passant par une simple croyance du sujet (qui s'imagine au pôle nord mais dont la température ne baisse pas) puis à des modifications physiologiques symboliques mais réelles (la température baisse effectivement). Les guérisons dites miraculeuses de troubles incurables entrent dans ce cadre, que ces troubles soient somatiques ou psychiques.

Induction et états hypnotiques

La croyance en la capacité de créer un rapport hypnotique, tant chez l'hypnotiseur que chez le sujet, est évidemment une condition sine qua non à l'hypnose.

Les médecins occidentaux distinguent une échelle de profondeur en se réfèrant au comportement de veille considéré comme normal. Ainsi on caractérisera, entre autres, la transe légère par une catalepsie élémentaire des membres ("Vous ne pouvez plus bouger votre bras") et la transe profonde par l'existence d'un "somnambulisme complet" (état onirique sans paralysie des membres). Cette échelle n'a aucun intérêt thérapeutique, l'intensité des phénomènes psi, c'est-à-dire des guérisons inexplicables, étant seulement liée aux motivations (aux croyances actives) du moment, en particulier au désir réciproque du patient et de l'entourage de communier vers un même but, la guérison.

Il convient par ailleurs de signaler que l'hypnose peut se produire durant le sommeil : il s'agit tout simplement des rêves, que ceux-ci soient spontanés ou induits de l'extérieur. Ce sujet a été traité en partie dans un autre article de ce volume. Nous rappellerons seulement le fait bien connu que certains patients dans le coma ou sous anesthésie générale ont parfois enregistré tout ce qui se passait autour d'eux.

Hypnotisabilité

Pour être hypnotisé, il faut être suggestible à une induction ; mais le sujet peut être complètement fermé à toute autre suggestion (en particulier thérapeutique, car le patient peut tenir à sa maladie). Et réciproquement. Contrairement à une opinion répandue, les sujets sont d'autant plus suggestibles qu'ils sont équilibrés mentalement et physiquement.

On peut distinguer des inductions (plus généralement des suggestions) physiques ou mentales. Dans les deux cas, il s'agit, au moins lors de la première tentative, d'une coïncidence imprévue entre des instances et des circonstances, laquelle engendre une sidération, un état émotionnel d'incertitude (de confusion spatio-temporelle). D'où l'immobilisme initial. Un circuit cohérent (processus de signification, "conduite") s'installe généralement ensuite.

Coué, en codifiant l'autosuggestion, avait mis en avant une loi capitale, dite "de l'effet inverse", qui stipule que plus le sujet essaie d'être coopératif, plus il résiste aux suggestions. Un exemple bien connu est celui de l'insomniaque qui voulant absolument dormir ne pense qu'à son sommeil et ne peut ainsi s'endormir. Les sujets non hypnotisables au premier abord ne le sont parfois que pour cette raison : ils veulent tellement être hypnotisés qu'ils n'y parviennent pas. L'explication est simple : dans un processus créatif, l'essentiel réside dans les moyens, la fin et la disponibilité de l'imaginaire, à l'inverse exact d'un mécanisme déductif conscient.

Toute suggestibilité est liée à une croyance "métaphysique", même passagère, c'est-à-dire en des liens mystérieux mais opératoires entre réel et imaginaire. Un sceptique qui est atteint d'une maladie inguérissable mais veut absolument vivre se mettra à croire aux miracles.

Psychophysiologie

Sur un animal, l'induction de veille consiste à prendre de vitesse ses mécanismes de défense. Celui-ci, dans une complète confusion, se trouve momentanément paralysé avant de réagir. Un cas élémentaire est celui de la poule qu'il suffit d'immobiliser dans une position couchée inhabituelle pour qu'elle reste dans cette position. Qu'il s'agisse d'hypnose animale ou humaine, d'auto- ou d'hétérohypnose, on peut considérer avec Kubie que le sujet dans tous les cas, privé de ses mécanismes de défense, "se remet dans les mains d'un autre, que cet autre soit réel ou imaginaire".

Les tentatives d'explication physiologique de l'hypnose vont toujours bon train, bien qu'elles soient certainement illusoires. D'abord, l'induction et les suggestions peuvent aussi bien être émises en état de veille que de sommeil. Ensuite les parapsychologues ont montré que, pour un même effet physiologique psi, les voies biologiques pouvaient varier selon l'idée a priori que s'en faisaient les protagonistes et même n'avoir aucune valeur causale.

PRINCIPES de l'HYPNOTHERAPIE

En général, on entend par psychothérapie une méthode basée sur la relation symbolique avec le patient et à visée mentale. Mais toutes les psychothérapies utilisent peu ou prou la relaxation (état affectif, c'est-à-dire psychique et somatique), et certaines n'ont de visée que somatique : implicitement avec l'acupuncture (qui se prétend technique, mais ne procède en fait que par stimulus hypnotique physique), explicitement avec les thérapies spiritualistes. Le terme d'hypnothérapie les couvre toutes.

Quoique rituel et technique soient des processus opposés, il n'empêche que tout acte thérapeutique associe les deux. Un acte médical ou chirurgical peut être considéré comme une autohypnose rituelle ("psychique", magique) du patient puisque celui-ci admet des aggressions corporelles en renonçant à tout mécanisme conscient de défense, et de même pour le praticien puisque celui-ci répète un acte codifié. Symétriquement, toute psychothérapie à visée mentale peut être considérée comme une hétérohypnose technique ("physique") puisque le thérapeute sait prendre de vitesse les défenses du patient et que celui-ci devra concilier objectivement son désir de rester le même et celui de changer.

Bien que la plupart des médecins ne soient pas de cet avis, tous les patients (médecins compris quand ils sont dans cette situation) s'accordent pour dire que l'efficacité d'un traitement, quel qu'il soit, tient à la fois à tout le contexte extérieur et à tout le contexte intérieur. Autrement dit, l'attitude des soignants, quel que soit leur niveau, a une incidence sur l'efficacité des thérapies, quelle que soit leur nature. Il y a certes le plus souvent, venant des médecins, des gestes déterminants pour la guérison (une grosse opération chirurgicale ou un premier contact enthousiasmant avec le psychothérapeute) ; mais ils ne sont jamais suffisants. Et si l'on peut admettre la nécessité d'une spécialisation, c'est à la condition, non remplie actuellement, que le personnel généraliste (qui seul traite immédiatement du psychique et du somatique) ait la priorité. En se contentant de faire techniquement leur métier (ce qu'on appelle l'instrumentalisme), les soignants ne remplissent que la moitié de leur tâche.

Indications générales

Face à un symptôme, le biomédical nie l'esprit (ce que dit le patient à travers son symptôme) et la psychanalyse ignore le corps. Quand un symptôme semble relever des deux, l'hypnose est a priori une indication de choix. Mais, en fait, toutes les maladies sont des troubles de la signification. Quelle que soit l'origine d'une maladie, l'hypnothérapie peut toujours agir sur elle, quelle qu'en soit la gravité (la seule limite connue de cette thérapie est l'immortalité !).

Pour les troubles mineurs, les suggestions explicites suffisent, qu'elles soient positives, directes (conditionnement) ou "inverses" (évitement). Pour les troubles majeurs, c'est évidemment un engagement affectif global de la personnalité qui est nécessaire.

L'avantage de l'hypnothérapie est d'éviter les effets secondaires propres aux traitements biomédicaux ; son inconvénient est une efficacité aléatoire. Il est donc plus sage de ne l'utiliser que si une biothérapie est contre-indiquée (effets secondaires graves, allergies), inefficace, inexistante ou encore indisponible (pays du Tiers-monde).

Les préalables

L'entretien. Une fois l'indication portée, il convient en général de dissiper les appréhensions et les idées fausses du patient sur l'hypnose. Ses appréhensions portent généralement sur la perte du libre arbitre qui, contrairement à une croyance répandue, n'existe absolument pas : seule la liberté physique est aliénée, et elle ne l'est que parce que le sujet l'accepte au départ (sans quoi il n'y aurait pas d'hypnose). Les idées fausses (ou contraires à celles du thérapeute...) sont à dissiper puisqu'elles entraveront d'autant l'induction et les suggestions.

Les tests. Les tests dits de suggestibilité n'ont en fait pour fonction, avec l'entretien préalable, que de préparer le sujet à rentrer dans un état de disponibilité correspondant à l'idée que s'en fait a priori l'inducteur. L'un de ces tests consiste, entre autres aspects, à convaincre le sujet par un discours progressif qu'il ne pourra plus décoller ses mains jointes avant que l'hypnotiseur ne lui en donne l'ordre.

En pratique, l'hypnotiseur ne cesse d'observer son patient dans le but de lui faire croire par son discours, au moins lors de ce test, que ce que le patient fait ou ressent spontanément est en réalité induit par les ordres de l'hypnotiseur. Une manière donc d'inverser la temporalité. Ce procédé permet ainsi progressivement d'approfondir la transe, au point parfois qu'un seul mot ou geste de l'hypnotiseur pourra aux séances suivantes provoquer immédiatement une transe profonde.

Méthodes

Toutes les suggestions visuelles peuvent permettre une amélioration, voire une guérison, grâce à la simple visualisation par le patient d'un fonctionnement supposé "sain" de l'organe malade (que la nature de cet organe soit matérielle ou symbolique).

Il est inutile d'entamer une hypnothérapie verbale avec un patient qui y est insensible : les voies thérapeutiques restantes sont alors la voie somatique directe et la voie affective, utilisées surtout chez des malades mentaux. Dans le premier cas, on ne symbolise plus des idées abstraites mais des fonctionnements corporels. Dans le second cas, on recherche en général une relaxation, qui ouvre naturellement l'éventail des possibles en dénouant, au moins temporairement, les conflits. Les arts-thérapies combinent les deux.

APPLICATIONS

Troubles somatogènes

Aux Etats-Unis, l'hypnose est couramment employée par les dentistes à des fins analgésiques et anxiolytiques, éventuellement pour diminuer le réflexe nauséeux, le saignement ou la salivation, et en posthypnotique pour diminuer l'údème. Elle ne présente évidemment aucun danger si, comme toujours, le praticien se limite à sa spécialité. En France, les dentistes préfèrent utiliser une musique de fond, un décor relaxant... et la xylocaïne, bref une induction hypnotique "physique". L'hypnose est de même employée en uro-génital pour des interventions mineures, en obstétrique et même en traumatologie, par exemple chez les grands brûlés.

De nombreux travaux, toujours aux Etats-Unis, ont porté sur l'efficacité de l'hypnothérapie sur des cancers incurables, spéculant initialement sur la capacité de l'hypnose, maintes fois observée, à modifier des flux sanguins et à agir sur les systèmes immunitaires. Par exemple le patient se représentera sa maladie et imaginera qu'il la détruit. Il est sans importance aucune que la visualisation soit fausse et l'action fantaisiste : l'essentiel est que le patient croie à leur plausibilité. C'est là un point essentiel auquel nous avons déjà fait allusion à propos de psychophysiologie. Voici un cas clinique évocateur, bien qu'il porte non sur un cancer mais sur une algodystrophie.

Une femme de 50 ans est adressée au Dr Hoareau par un confrère anesthésiologiste. Cette femme est elle-même médecin et souffre d'une algodystrophie idiopathique du membre inférieur gauche depuis deux ans. Elle marche avec une canne. Hoareau entreprend sous hypnose des suggestions contre la douleur à partir de la représentation par la patiente d'impulsions électriques allant innerver ses muscles douloureux. La patiente, après quelques séances, dit se sentir mieux mais ne comprend pas pourquoi son collègue parle d'innervation. Or celui-ci, s'adressant à un médecin, pensait faire pour le mieux (on suppose en effet que la cause de cette maladie est neuro-végétative). Mais la patiente voyait son trouble comme essentiellement trophique (lequel ne se produit pourtant que secondairement) et dû à une accumulation de toxines. Hoareau corrige alors ses suggestions et propose à la patiente de visualiser son système lymphatique et veineux en train de drainer les toxines. L'amélioration fut si nette que la patiente partait quelques semaines plus tard au ski.

Troubles psychogènes

Syndrome réactionnel. l'hypnose sert parfois à faire revivre un événement apparemment refoulé ou oublié. Sa vertu curative n'est nullement due à une prise de conscience, comme il est écrit trop souvent, mais à une rétroaction magique : on s'invente un tigre, on le transforme en papier et on le brûle. Les souvenirs sont toujours des constructions.

Névrose psychosomatique. Le concept psychanalytique de névrose psychosomatique ne repose sur aucune donnée épidémiologique pour la bonne raison qu'il n'existe aucun moyen objectif de tester la morale d'une personnalité. Cette remarque vaut donc pour les concepts de névrose et de psychose en général, abandonnés dans les classifications internationales. Il n'existe pas, comme nous le disions précédemment, de maladies mentales. Les troubles somatiques d'origine mentale ou affective ne renvoient qu'à des configurations uniques.

Troubles "psychosomatiques"

Nous voulons ici parler, au sens le plus large, de maladies présentant des symptômes affectifs. Il peut s'agir de troubles à la fois somatiques et mentaux sans que leur étiologie soit bien repérée ou de troubles dont l'étiologie au contraire semble relever manifestement à la fois du mental et du somatique. Dans tous les cas, cette catégorie floue ne relève pas strictement des deux catégories médicales traditionnelles.

EN PSYCHIATRIE

On appelle algies les douleurs physiques sans cause physique décelable. En général, elles réagissent difficilement à l'hypnose, contrairement aux douleurs organiques, ce qui signe leur origine psychogène profonde.

La conversion hystérique. Ce concept désigne des troubles somatiques fonctionnels attribués à un syndrome hystérique, parfois très graves mais sans lésion organique : algies, surdité, amaurose, paralysies, etc. En fait, sur un plan étiologique, on devrait parler de troubles affectifs à expressions somatique et/ou psychique plutôt que de troubles mentaux stricts. Le jeu étant chez ces sujets pathologique, la suggestion se réalise toujours en cas de troubles légers mais ne résout jamais le conflit central.

La dépression est un des rares troubles que certains auteurs considèrent explicitement comme l'effet d'une désynchronisation biologique, à l'opposé de l'approche courante qui voit dans la perturbation des rythmes l'effet d'un trouble mental. Cependant, d'un point de vue complémentariste, une perturbation spatio-temporelle est un trouble affectif premier (une anti-signification), l'altération des horloges n'en étant alors qu'un effet. On peut donc penser que l'hypnothérapie serait, en principe, particulièrement indiquée. Encore faudrait-il posséder des méthodes de manipulation "thymique" de l'espace et du temps que seule la parapsychologie psychiatrique a pour l'instant esquissée.

 

DANS D'AUTRES DOMAINES

Tous les troubles mineurs, quand ils sont isolés, sont justiciables de l'hypnose : tics et spasmes, sifflements d'oreille, bégaiement, onychophagie, somnambulisme nocturne, fugues, phobies sociales, hypocondrie superficielle, énurésie postpubertaire, etc.

L'insomnie est aussi un trouble spatio-temporel. L'hypnothérapie s'avère très efficace si cette difficulté n'est pas due à un mode de vie trop fixé. Elle permet souvent d'interrompre une toxicomanie médicamenteuse.

Dermatologie. L'hypnose est très efficace pour la petite pathologie. De nombreuses tumeurs bénignes s'avèrent des symptômes "éteints" (des faits asymboliques), d'où des guérisons définitives possibles et relativement faciles. Par ailleurs, les dermatologues ont depuis longtemps signalé l'importance de facteurs affectifs dans certaines maladies (eczémas, psoriasis, pelade décalvante, etc.).

L'asthme est un bon exemple de maladie d'origine à la fois mentale et physique. L'alternance entre crises et épisodes dépressifs, comme pour l'eczéma ou la boulimie, est bien connue. Tous les traitements actuels étant de plus symptomatiques, l'asthme représente une bonne indication pour l'hypnose, aussi bien dans les états de mal (crises aigues) rebelles que pour un traitement au long cours, qui permet de réduire considérablement la chimiothérapie corticoïde et bronchodilatatrice. Dans une étude portant sur 173 cas, Maher-Loughan a signalé un pourcentage important de guérisons définitives après un suivi de six ans.

Sexologie. L'intérêt d'un traitement sous hypnose de troubles sexuels non organiques est de pouvoir suggérer directement des sensations et des mouvements corporels. En gynécologie, la technique de Wolmann est une application de la loi de l'effet inverse et porte sur la stérilité non organique. On suggère à la patiente hypnotisée : "N'essayez pas de tomber enceinte délibérement. Plus vous essaierez, moins vous aurez de chance d'y arriver. Tentez au contraire de vous relaxer chaque fois que vous aurez des rapports".

 

CONCLUSION

Il est certain que tout le personnel soignant fait de l'hypnothérapie, parfois sans le savoir comme Mr Jourdain de la prose, et qu'une formation serait souhaitable. En France, une telle formation ne fait pas partie du cursus.

Si, aux Etats-Unis, persiste une médecine ouvertement religieuse à côté de la médecine officielle, ce n'est absolument le cas en France. Dans ce dernier pays, il y a cinquante ans, les médecines rituelles n'étaient en général pas pratiquées par des médecins, sauf quand elles se targuaient d'être scientifiques (acupuncture, homéopathie, psychanalyse). La tendance néanmoins a été à l'absorption : apparition de consultations hospitalières et enseignement per- ou postuniversitaire. Si l'on peut considérer qu'il s'agit là d'un plus pour les patients (par exemple les patients n'abandonnent plus inconsidérément une biothérapie), il s'agit certainement d'un moins pour la recherche fondamentale, car toutes ces médecines sont considérées comme des sciences "causales" en puissance. Cette parfaite absurdité empêche tout développement pertinent d'une authentique science de la psychothérapie d'abord (fondée sur la finalité subjective, c'est-à-dire l'inversion temporelle, et sur l'imaginaire, le désir, le récit symbolique, c'est-à-dire l'irréversibilité de l'espace ) et ensuite d'une médecine globale de l'affectivité (qui étudierait les rapports spatio-temporels entre corps et esprit), c'est-à-dire véritablement psychosomatique.

Les seuls chercheurs à avoir entamé une telle recherche sont des parapsychologues français ; mais leurs travaux et leurs hypothèses contestent trop l'etablishment médical et psychologique pour avoir actuellement la moindre audience. Pour que la médecine occidentale change et tienne compte de l'hypnose, il faudrait qu'elle relativise ses principaux mythes : temps linéaire causal, , économisme, scientisme, rationalisme, etc. Essentiellement, l'objectivisme et le réalisme. La médecine du XXIe siècle n'est pas pour demain.

 

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BIBLIO

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