LA PSILOGIE AU QUÉBEC

Entretien avec Louis Bélanger

Revue de Parapsychologie n° 10, juin 1980

 

"En août 1968, je reçus la visite à mon Institut de Freiburg d'un jeune Québécois qui me demanda, tout enthousiaste, de travailler dans mon équipe pour étudier les phénomènes psi.

Son séjour en Allemagne dura six années pendant lesquelles nous avons investigué ensemble de nombreux phénomènes comme le poltergeist de Pursruch, celui de Freising, etc.

J'eus le temps d'apprécier ses qualités d'objectivité et de rigueur scientifique mais aussi, et surtout, de cur de d' "empathie", indispensables, non seulement pour l'étude des cas spontanés sur le terrain où la dimension affective est primordiale, mais aussi pour saisir en profondeur le sens du psi.

De retour dans son pays en 1974, il inventa le mot "psilogie" qui se propose de remplacer avantageusement, par sa neutralité, les anciennes dénominations plus ambiguës comme parapsychologie, métapsychique, psychotronique ou bio-information. Le neutralité de ce terme est un fort argument pour sa généralisation.

Devenu ainsi "psilogiste", Louis Bélanger consacre tout son temps à la reconnaissance et au développement de cette discipline au Québec en introduisant son enseignement collégial et universitaire.

Il joue en outre le rôle de conseiller attentif, défendant une certaine idée de la psilogie, au carrefour de l'approche scientifique, de la diffusion de l'information psilogique, de l'hygiène psycho-sociale et de la quête d'un sens plus profond du psi, plus intérieur et individuel.

Louis Bélanger a su s'entourer d'une équipe dynamique et qualifiée qui se propose, dans un premier temps, de diffuser l'information psilogique à tous les niveaux. Le film "Psi, au-delà de l'occultisme" et ce livre qui lui correspond constituent certainement des moyens de qualité pour la tâche que mon ami Louis Bélanger et son équipe veulent accomplir."

Hans Bender

(Préface au livre, Psi, au-delà de l'occultisme, Montréal, Québec-Amérique, 1978)

G.E. R. P. :

Louis Bélanger, vous êtes un "disciple" du professeur Hans Bender, chargé des cours de "Psilogie" à l'Université de Montréal, personne-ressource pour un comité officiel de recherche sur les phénomènes psi, conférencier globe-trotter, fondateur de l'association Psilog, et cependant vous êtes encore peu connu en France. Comment êtes-vous venu à la parapsychologie ... pardon, à la psilogie, puisque c'est le terme que vous préconisez ?

Louis BELANGER:

Je suis un Québécois "pure-laine" comme on dit chez nous. Je suis né dans la ville de Québec où j'ai fait mes humanités et mon cours en science politique, option relations internationales, à l'Université Laval. Ceci de jour ; de nuit et pendant mes temps libres je m'intéressais à la psychologie. Par Freud, et surtout Jung, j'ai abordé le problème des phénomènes dits paranormaux ; une autre lecture qui m'a influencé fut le livre du journaliste américain Jack Pollack sur le clairvoyant Gérard Croiset, étudié par le professeur W.H.C. Tenhaeff à Utrecht. Cela m'étonna que l'on pût objectiver ce genre de phénomènes en laboratoire par des protocoles, une méthodologie rigoureuse.

Alors, en 1966, je fis une demande de bourse pour étudier la parapsychologie en Europe. Mais à cette époque, c'était encore très farfelu que de se pencher sur ces phénomènes étranges ; ma demande fut refusée. Je décidai donc de travailler deux ans pour pouvoir effectuer un stage à l'Université de Freiburg auprès du professeur Hans Bender, titulaire de la chaire "pour les zones frontières de la psychologie et l'hygiène mentale". Là, ayant appris l'allemand, j'y restai six années pendant lesquelles je suivis les cours de psychologie et de parapsychologie.

Quel genre de formation avez-vous reçue du professeur Hans Bender ?

Après une phase d'initiation aux divers aspects du domaine par des cours théoriques, des travaux pratiques, Hans Bender nous formait aux différentes techniques de la recherche en laboratoire équipé d'une cage Faraday, d'une chambre de privation sensorielle, de générateurs d'événements aléatoires et d'un polygraphe.

Le professeur Bender met beaucoup l'accent sur l'étude des phénomènes spontanés qui constituent la matière brute de la psilogie, tels les "poltergeister" ou psikinésies spontanées (PKS). J'ai eu l'occasion de faire dix-sept investigations de PKS dans différents pays d'Europe. Je pense, en particulier, aux cas que j'ai vécus à Pursruck, Freising, Oberhausen et même à bord d'un bateau au large du Danemark...

il me semble important de souligner que l'investigation scientifique d'un cas de PKS présente une contradiction entre deux fonctions essentielles du psilogiste, son rôle de chercheur et une tâche que Hans Bender juge indispensable: la psycho-assistance des sensitifs. En effet, le chercheur désire que le phénomène se produise et se poursuive jusqu'à sa complète objectivation, alors que l'agent, qui est responsable inconsciemment du phénomène, attend du psilogiste une aide qui conduise à la cessation de ses troubles. La fonction psycho-sociale l'emporte évidemment sur toute autre, et le chercheur se trouve souvent frustré à l'issue de son investigation comme cela nous est arrivé, à mon retour au Québec, lors d'un cas de PKS présumée que j'ai investigué avec mon étudiant d'alors François Cauchy.

Cette relation d'aide, privilégiée par Hans Bender, auprès des sensitifs qui sont "mal pris" avec certains phénomènes psi, commence par la politique du "comme si" qui consiste en une écoute empathique de la personne qui prétend avoir vécu un phénomène, comme si la nature psilogique de celui-ci était certaine. Ce n'est que dans un deuxième temps que l'esprit critique, qui aurait pu au début effaroucher le sensitif reprend ses droits. En définitive, il est incontestable qu'à Freiburg on reçoit une formation complète en psilogie théorique et expérimentale, en laboratoire comme sur le terrain.

A cette époque, vous avez aussi étudié les phénomènes rapportés par Friedrich Jiirgenson et Konstantin Raudive. Quelles ont été vos conclusions ?

La technique qu'utilisent Jiirgenson et Raudive consiste à régler un récepteur de radio entre deux fréquences d'émission, à invoquer les "amis de l'autre monde" et à prêter l'oreille dans l'attente d'éventuels "messages de l'au-delà". On devine qu'une telle technique n'est pas sans critiques.

En 1970, une équipe volante de l'Institut est allée faire des investigations avec un important matériel audio-visuel. L'objet de notre recherche était au départ de tenter d'objectiver, à l'aide d'enregistrements puis d'études spectrographiques, des cas de "psiphonie", c'est-à-dire d'équivalents en phonie des "psigraphies" d'un Ted Serios, par exemple.

En fait, il s'avéra que la "psiphonie" était difficilement objectivable. Cette sorte de "bruit de fond" plus ou moins structuré peut cependant servir de support, comme dans toute mancie, à l'émergence de psiesthésies. Ainsi, j'ai présenté quelques cas de phonomancie dans une communication lors d'un symposium à l'Université Concordia en 1977.

La "Stimmenforschung", la recherche des voix, est devenue un véritable phénomène de société dans les pays germaniques. Plusieurs dizaines de milliers de "radio-amateurs de l'au-delà" s'adonnent à ce genre de pratique dans une perspective spirite. Tant que ces adeptes continueront à être aussi imprécis aux plans technique et interprétatif, le type de recherche qu'ils mènent ne pourra pas vraiment intéresser les chercheurs en psilogie.

Pourquoi ce mot "psilogie" ? Dans quelles circonstances avez-vous été amené à le choisir ?

En septembre 1974, je suis retourné au Québec. En novembre, Albert Drouin, alors professeur de psychologie au Collège de Saint-Jean-sur-leRichelieu et membre de l'Exécutif du Comité Provincial de la Coordination pour l'enseignement de la psychologie dans les CEGEPs (Collèges d'Enseignement Général et Professionnel), m'invita à animer deux ateliers d'introduction à l'étude des phénomènes psi, lors d'un congrès des professeurs de psychologie des CEGEPs qui réunissait une centaine de participants. Certains éprouvaient le besoin d'obtenir plus d'information à ce sujet-là parce que de nombreux étudiants leur posaient des questions et ils n'avaient pas de références, de documentation. Ces deux ateliers, qui répondaient à un réel besoin, ont eu un impact considérable, car beaucoup ont pu y découvrir l'existence des phénomènes psi et la possibilité de leur objectivation scientifique.

C'est à cette occasion que j'ai proposé le terme "psilogie" pour désigner la discipline qui étudie les phénomènes psi ; parce qu'au Québec, le mot parapsychologie est bien souvent synonyme de charlatanisme, et parce qu'il est un peu limité par rapport aux nombreux domaines concernés par les phénomènes psi autres que la psychologie.

Et c'est alors que la psilogie a été introduite dans les CEGEPs ?

Seulement deux ans plus tard. Devant l'intérêt suscité chez les enseignants, Albert Drouin entreprit des démarches visant à ajouter aux cours de psychologie officiellement inscrits dans les Cahiers de l'Enseignement Collégial le plan-cadre d'une introduction à la psilogie. Présenté en 1975, le projet, détaillant les objectifs et le contenu du cours, fut accepté en 1977 par le Ministère de l'Education sous la dénomination "Introduction à la psilogie, 350-350-77". Albert Drouin, le pionnier de l'enseignement psilogique dans les CEGEPs est à plein temps en psilogie au Collège de Saint-Jean-sur-le-Richelieu. Actuellement, une vingtaine de collèges, sur un total de quatre-vingts, proposent à travers le Québec ce cours de 45 heures. Cette année, environ 1400 étudiants auront reçu le cours collégial de psilogie.

Et la psilogie est aussi entrée à l'Université. Comment cela a-t-il été possible ?

Quand je suis revenu au Québec, un article a été publié dans un grand quotidien montréalais au sujet de mes activités à Freiburg. Cela a été connu à l'Université de Montréal et c'est ainsi qu'au programme des sciences de la religion qui fait partie de la Faculté de Théologie on m'a demandé de donner un cours d'introduction à la psilogie.

J'avoue que, tout frais sorti de l'Université de Freiburg, je ne tenais pas à mélanger les genres, l'approche expérimentale, scientifique et le risque d'une dépendance doctrinale. En fait, je connaissais mal la "religiologie", l'étude du phénomène religieux. Après m'être informé, je me suis aperçu que ceux dont j'allais devenir le collègue essayaient d'approcher le phénomène religieux avec différentes grilles : psychologique, sociologique, anthropologique... alors pourquoi pas psilogique ? Je décidai donc de laisser de côté mes propres préjugés et je donnai mon premier cours en septembre 1975.

A la fin de la session, les étudiants firent une pétition auprès des .autorités de la Faculté pour recevoir un deuxième cours en janvier portant sur l'expérimentation, les théories. Et c'est ainsi qu'on m'a adopté à la Faculté à tel point que je fus invité à devenir adjoint au doyen à l'Éducation Permanente ; en 1976, j'avais deux mi-temps, en administration et en enseignement jusqu'à l'été 1977. Puis j'ai décidé de me retirer à la campagne, ne gardant que les cours de psilogie. Je dois ajouter qu'en même temps que j'introduisais le cours à l'Université de Montréal, j'animais un atelier d'expérimentation sur la télépathie-ganzfeld et quelques sessions d'introduction à la psilogie à l'Université du Québec à Montréal.

Certains de vos étudiants nous ont avoué leur enthousiasme pour la forme de cours que vous donnez ; pouvez-vous nous la décrire ?

D'abord, administrativement, il s'agit d'un cours crédité, accessible à tous les étudiants du campus comme à ceux de l'extérieur. Quant à la forme, je me suis vite rendu compte que la psilogie est un domaine spécial où de simples cours magistraux sont insuffisants. Chacun arrive, en effet, avec son approche particulière de la psilogie.

La plupart sont des étudiants, de disciplines fort diverses, d'autres sont des enseignants qui viennent chercher de la documentation pour préparer leurs cours. Certains enfin sont plus que curieux vis-à-vis de ces phénomènes ; ils ont vécu une expérience dans ce domaine et de simples cours magistraux n'arrivent pas à les satisfaire. Par contre, c'est l'occasion pour eux de faire le point, de rationaliser leur expérience.

Ainsi, pour tenir compte de cette diversité d'intérêts, j'essaie de suivre chaque étudiant individuellement et je l'invite à monter un dossier sur un sujet de son choix. En plus de quelques plénières de présentation globale de la psilogie qui réunissent tous les participants, j'accueille les étudiants chez moi, à la campagne, par groupes de dix pour des fins de semaine. Là ils peuvent échanger entre eux, faire de la bibliographie, commenter, critiquer des documents audio-visuels, faire de la raquette, du ski de fond... vous connaissez la beauté de nos hivers et de nos arpents de neige !

A la dernière plénière, chacun livre devant ses pairs une synthèse personnelle sur le sujet qu'il a choisi, afin que tous profitent de sa réflexion. Enfin je demande un compte rendu écrit. Ainsi chacun participe et est invité à donner le meilleur de lui-même. On prétend que la production des étudiants de premier cycle ne vaut pas grand-chose. Je sais au contraire, par expérience, qu'ils peuvent avoir des idées très originales. Mais pour qu'ils puissent les exprimer, ils ont encore besoin de personnes-ressource pour les guider dans la littérature, les aider à discerner ce qui les intéresse, leur donner les outils nécessaires. Il semble que la formule convient aux étudiants puisque leur évaluation du cours est positive. Celle-ci, bien sûr, se fait hors de mon contrôle, à chaque session, directement auprès du responsable du programme.

Et vous avez combien d'étudiants par session ?

Entre vingt et trente-cinq. Evidemment, si j'en avais plus, la formule ne serait plus possible. A la Faculté de l'Education Permanente où j'ai donné trois cours, il y avait près de 125 personnes. Avec cet effectif, j'ai dû reprendre la formule du cours magistral, en l'illustrant avec des documents audio-visuels.

Vous avez même enseigné la psilogie pendant un an dans une institution pénitentiaire à sécurité maximum, n'est-ce pas ?

Oui, à la suite d'une entrevue que j'avais accordée à la radio, un détenu de Ste-Anne-des-Plaines m'avait écrit combien il désirait suivre mon cours. Il était si enthousiaste qu'un groupe de psilogie d'une cinquantaine de personnes se forma rapidement à l'automne 1976 à l'intérieur du pénitencier. Nous devions, différentes personnes-ressource et moi-même, franchir les huit portes à fermeture automatique pour rejoindre mon étudiant et son groupe. C'était très impressionnant.

 

Quel intérêt les détenus peuvent-ils trouver dans le psi ?

D'après les échanges que nous avons eus, le détenu est fasciné par les possibilités d' "évasion" que pourrait lui offrir le psi ; l'un se voit déjà ouvrant les portes par psikinésie, l'autre échappant à l'univers carcéral par des voyages en hors-corps... En fait, il est sûr que le confinement et l'homogénéité sensorielle, surtout chez ceux qui "font du trou", peuvent conduire à des états non ordinaires de conscience inducteurs de phénomènes psi. Le vécu psilogique de certains prisonniers est parfois très abondant.

Dans le futur, voyez-vous un développement supplémentaire de l'enseignement universitaire de la psilogie au Québec ?

Déjà d'autres universités ont décidé d'offrir un cours de psilogie. Ainsi, l'automne prochain, Paul Dallaire et Yves Saint-Arnaud animeront un séminaire intitulé "Problèmes spécifiques: la psilogie" et intégré au programme du département de psychologie à l'Université de Sherbrooke.

Dans l'avenir, je pense à un projet de certificat en psilogie, c'est-à-dire à un programme structuré avec un tronc psilogique : historique, expérimentation, phénomènes spontanés. Tout autour pourraient se greffer de multiples disciplines : statistiques, physique, biologie, anthropologie, psychologie, religiologie. Déjà mes étudiants proviennent de plusieurs facultés ; de par ses aspects très divers, la psilogie demande un enseignement multidisciplinaire.

Y a-t-il des possibilités de recherche en psilogie dans le cadre universitaire ?

Oui ; justement, j'entreprends actuellement une enquête placée sous l'égide de la Faculté de Théologie auprès d'un échantillon d'environ 3000 membres, clercs et religieux, de l'Eglise du Québec.

Cette enquête doit être l'occasion de plusieurs études : c'est d'abord une possibilité d'investigation sur un grand échantillon, réparti sur l'ensemble du territoire québécois. Elle doit permettre de recueillir une information importante sur les opinions et le vécu psi de ces personnes et de leur entourage. Je compte étudier aussi l'attitude ambivalente d'acceptation et de refus que peut susciter le dogme catholique vis-à-vis de tel ou tel phénomène psi, de l'investigation psilogique elle-même ou de la science en général, et l'influence éventuelle d'un vécu psi ou mystique sur cette attitude. D'autres études d'ordre sociologique ou psychosomatique sont envisagées conjointement. Mais il est encore trop tôt pour en parler...

N'avez-vous pas d'autres activités psilogiques en dehors du cadre universitaire ?

En effet. Si vous voulez, remontons au printemps 1975, quand la psychologue Denise Roussel fit paraître une annonce dans les "Cahiers du Psychologue Québécois". Elle invitait ces professionnels intéressés par les phénomènes psi à se rencontrer. C'est ainsi que naquit le GERPSI (Groupe d'Etude et de Recherche en Psilogie) ; Albert Drouin et moi-même avons été appelés comme personnes-ressource. Denise, très dynamique, organisatrice hors-pair, mettait les gens à l'aise, les faisait se rencontrer. Après une année centrée sur l'information, nous avons formé des cellules séparées plus ou moins actives de psi-praxie et de psi-théorie ; je dois mentionner ici Jean Ouimet et Jean Brard qui apportèrent des réflexions théoriques précieuses en physique et en épistémologie.

Est-ce là qu'intervient le personnage fantomatique d'Axel ?

Axel se situe comme une expérience à l'intérieur du cours de 1'Université de Montréal, avec quelques membres du GERPSI, de l'automne 1976 à l'été 1977. Nous voulions obtenir des résultats semblable s àceux du groupe "Philip" du docteur George Owen à Toronto, mais cette fois-ci, le "fantôme" créé de toute pièce devait être un personnage du futur.

La composition du groupe était assez particulière, six femmes et deux homes. Certains membres cherchaient à décortiquer le mécanisme de la genèse du "fantôme" ; c'est mortel pour une expérience de ce genre où il faut être extrêmement spontané, jouer le jeu complètement. Ce n'est qu'après une visite de trois représentants du groupe Axel au groupe Philip de Toronto que, quinze jours plus tard, nous avons obtenu les premiers "raps". Mais les effets n'ont jamais atteint la puissance de ceux du groupe Philip. Et progressivement, l'effet de déclin s'est manifesté. En 1978 les activités du GERPSI furent suspendues faute de disponibilité de ses principaux animateurs.

En mars 1979, Denise Roussel fut mandatée par la Corporation Professionnelle des Psychologues du Québec pour superviser un "Comité de Psilogie" chargé de "l'étude et l'expérimentation des phénomènes psi ainsi que du développement de cette dimension et la diffusion de l'information".

C'est encore une autre reconnaissance officielle de la psilogie au Québec !

Oui, et toujours grâce aux psychologues. Mais il faut noter que s'il est placé sous la responsabilité d'une psychologue, le Comité de Psilogie est de composition multidisciplinaire; il réunit aussi des psychiatres, des médecins, des anthropologues auxquels doivent s'ajouter des physiciens, des biologistes... Parmi les membres qui ont déjà un solide passé en psilogie, il faut citer Bernard Grad, de l'Institut de recherches Allan Memorial rattaché à l'Université McGill de Montréal, dont les travaux sur la guérison psi sont célèbres, Philippe Mabilleau, qui a travaillé avec Yves Lignon à Toulouse, Charles Small et Normand Vanier, qui ont fait des stages à la FRNM à Durham.

Différentes équipes ont été constituées: une équipe d'investigation et de soutien, prête à intervenir pour les cas spontanés, une équipe de recherche clinique et deux sous-comités de recherche expérimentale et théorique qui, je dois dire, s'inspirent des réflexions de haut niveau que vous publiez dans votre revue Parapsychologie. Pour son fonctionnement, le Comité dispose du support technique du secrétariat de la CPPQ. Il doit en outre se conformer au code déontologique de la Corporation.

Insatisfait d'avoir introduit la psilogie dans les collèges et à l'Université, vous avez choisi de la faire connaître au public au moyen des ciné-conférences que vous entreprenez actuellement ...

Oui, je pense que l'information dans ce domaine doit être rendue accessible à toutes les parties de la population, afin de lutter contre les préjugés et les charlatans qui diffusent une information erronée. Le spécialiste doit quitter sa tour d'ivoire ; il a un tas de choses à apprendre du public. Il ne peut qu'être stimulé par ce contact et pourra revenir auprès du public après avoir décanté l'information qu'il en a reçue.

La formule de la ciné-conférence permet ce type de communication complète avec le public. Premier temps : un document audio-visuel, suffisamment captivant sans tomber dans le sensationnalisme, présente le plus sobrement possible les principaux phénomènes psi et les techniques d'investigation. Deuxième temps : la personne-ressource qui commente le document à la façon des "grands explorateurs" anime à la fin du film une période de questions et un débat où le public, contrairement à une émission de télévision, est amené à participer. Troisième temps : le spectateur peut continuer sa démarche d'information par un petit livre qui s'appuie sur chacun des documents du film pour conduire à une réflexion plus profonde et qui offre en outre une bibliographie à jour et un outil, un guide pour progresser méthodiquement dans le champ psilogique (périodiques, ouvrages de référence, lexique). Quatrième temps : un questionnaire est distribué en salle à la fin de la représentation. Le public est invité à faire connaître ses commentaires, ses opinions, ses expériences dont je tiens compte pour orienter mes efforts à venir d'information et de recherche. La boucle est bouclée.

Pour mener à bien ce projet, j'ai eu la chance de bénéficier d'une première collaboration de Paul Dallaire alors étudiant en philosophie. Un peu plus tard, l'arrivée de Guy Béney, biologiste de formation, contribua à la constitution d'une solide triade qui a travaillé sur le synopsis et le montage du film et, avec l'aide d'Albert Drouin et de Denise Lemieux-Drouin, à la rédaction du petit livre qui lui correspond et le complète.

Quel est le contenu du film ?

Dans la première partie sont évoquées les manifestations extérieures, spectaculaires, fantastiques, mais aussi controversées (torsion de métal, guérison psi, illusionnisme...). Dans la seconde partie au contraire nous avons tenté de dégager la dimension intérieure du psi, son sens (télépathie-ganzfeld, hors-corps, prémonitions...). Les documents ont tous été choisis avec le même soin, la même rigueur, la même recherche d'authenticité. Ils proviennent des travaux des spécialistes mondiaux les plus réputés : le professeur Hans Bender, le docteur Jule Eisenbud, le docteur Bernard Grad, le professeur John Hasted, l'ingénieur Edouard Naumov, le docteur Karlis Osis, le docteur George Owen et quelques autres. La moitié des documents proviennent de tournages originaux.

Quelle est la réaction du public ? Est-il ouvert à cette formule ?

Très ouvert. On peut l'apprécier par le nombre et la qualité des questionnaires qui m'ont été retournés. Après une centaine de conférences au Québec et dans le nord de l'Ontario, où j'ai touché respectivement 45 000 et 8 000 personnes, près de 1400 exemplaires nous sont déjà revenus riches d'opinions, de questions, d'anecdotes, d'expériences vécues, parfois très profondes et détaillées. Certaines ont même déjà fait l'objet d'études plus approfondies par correspondance ou par des entrevues. L'ensemble représente une source inestimable de documentation pour les études que nous comptons entreprendre afin de mieux cerner les divers aspects du psi. Cette année, je présente le film en Belgique, en Suisse, l'an prochain en Afrique francophone et j'espère que l'on me retournera de nombreux questionnaires tout aussi riches d'expériences.

Et en France ?

En France, les circuits de diffusion sont, je dois dire, moins bien organisés. Les responsables des circuits n'osent pas trop s'aventurer dans ce domaine. En outre la France est un grand pays, avec de nombreux circuits. Il faut plusieurs années pour en faire le tour, cela demande beaucoup d'énergie.

Or j'aimerais entreprendre le plus tôt possible un autre document qui irait plus en profondeur. C'est d'ailleurs la réflexion de nombreux spectateurs qui désirent une suite dans laquelle seraient analysées les nouvelles techniques d'induction de ce qu'on appelle les états non ordinaires de conscience (ENOC) comme le ganzfeld, l'hypnose, la privation sensorielle, la méditation, les substances psychotropes (LSD, méduna). Les phénomènes psi seraient cette fois-ci intégrés dans les problématiques psychosomatique, psychophysique et transpersonnelle. Certains modèles théoriques seraient évoqués : le PMIR de Rex G. Stanford, le modèle dit cerveau holonomique de Karl Pribram, le modèle de physio-kundalini de Lee Sannella. Pour le lien avec la psychosomatique et la mystique, je me réfère à Guy Béney qui, par sa compétence en biologie, en psilogie et dans les domaines du sacré, a approfondi la question. Nous prévoyons aussi un livre-guide pour continuer la réflexion amorcée lors de la projection du film et un questionnaire pour alimenter notre information, notre recherche... et poursuivre le dialogue avec le public.

Et Psilog ?

Psilog a été créé en 1978 par la triade dont nous avons parlé ; puis sont venus s'ajouter Albert et Denise Drouin, et récemment Lucia Delvecchio qui termine sa maîtrise en psychologie. L'association Psilog, à but non lucratif, vise à présenter une certaine idée de la psilogie, à la croisée de la recherche, de l'information, de l'hygiène psychosociale et de l'approfondissement du sens du psi.

Psilog c'est d'abord une sorte d' "agence de renseignements" sur les phénomènes psi. Nous cherchons à obtenir le maximum d'informations précises, vérifiées. Par exemple, je profite de mon séjour en Europe occidentale pour rencontrer divers milieux de recherche et d'information. Ainsi, Psilog dispose d'une médiathèque importante, régulièrement mise à jour. A cette quête directe de renseignements s'ajoute un "écrémage" systématique d'une cinquantaine de revues psilogiques et péri-psilogiques en français, en anglais, en allemand. Psilog est donc un service de cueillette, de traduction, d'intégration et de diffusion de l'information.

Le bulletin Psilog, bimestriel, dont le premier numéro sortira en septembre prochain, doit servir d'outil à tous ceux qui veulent se tenir au courant de la dynamique psilogique dans le monde. Le nombre important d'abonnés que nous prévoyons doit nous assurer notre indépendance économique, donc idéologique.

Il faut bien le reconnaître, l'information provient principalement des pays anglo-saxons; Psilog prévoit de diffuser l'information en français en diminuant, pour les milieux francophones, les latences parfois énormes de la traduction. Ainsi, la situation historique et géographique du Québec, qui jusque là était un handicap, pourrait, dans ce domaine particulier, devenir un avantage appréciable.

La qualité et la quantité de l'information que nous traitons doit nous permettre d'alimenter une réflexion critique et théorique poussée. Le cadre de Psilog, à la campagne, se prête bien à l'animation d'ateliers par petits groupes pour des personnes qui veulent approfondir tel ou tel aspect de la Psilogie, échanger sur leurs réflexions, leurs expériences ou même leurs "impériences".

L'équipe de Psilog est très ouverte à l'approche multidisciplinaire, sachant que la psilogie a été historiquement fécondée par des idées venues de toutes les disciplines du savoir. Réciproquement la réflexion sur les phénomènes psi semble déboucher sur des inférences qui concernent l'ensemble des activités humaines.

Enfin une des fonctions du psilogiste consiste à apporter un soutien psychologique aux sensitifs qui sont "mal pris" avec certains phénomènes psi, qui ont vécu de profondes impériences qu'ils ont du mal à intégrer. En plus des thérapeutes membres du Comité de Psilogie de la CPPQ, Lucia Delvecchio pourra, de par sa formation en psychologie, avoir une relation d'aide envers eux.

Faites-vous de la recherche dans le cadre de Psilog ?

Sur le plan de l'expérimentation comme telle, Psilog ne possède pas d'équipement. Nous sommes cependant en contact avec des membres du Comité de Psilogie qui sont déjà impliqués dans la recherche en laboratoire dans les hâpitaux et dans les universités et qui ont l'intention d'utiliser les appareils tels qu'ordinateurs ou polygraphes pour des recherches psilogiques.

Les membres de Psilog privilégient pour l'instant une attitude de réflexion. Celle-ci est alimentée par le flux d'informations qu'ils recueillent, provenant de la recherche en laboratoire, de l'étude des phénomènes spontanés, des théories tirant leur origine de nombreuses disciplines, des questionnaires qui nous sont retournés, riches en impériences diverses, d'entrevues avec des chercheurs, des sensitifs.

Cette information, nous cherchons à l'intégrer en proposant une terminologie claire et précise. J'espère que l'emploi des néologismes tels que psilogie, psiesthésie, psikinésie, psiphanie, impérience... dont certains sont déjà utilisés couramment au Québec, ne déroute pas trop les lecteurs de votre revue. L'article de Guy Béney et ma contribution, dans le cadre de cet entretien, témoignent d'un effort de création, de définition et de pratique de ces nouveaux termes qui nous paraît vite compensé par le gain en précision du discours psilogique.

Nous cherchons aussi à élaborer certains modèles qui touchent à divers aspects de la psilogie : psychosomatique, psychophysique, transpersonnel, sociologique, historique. Il nous semble que l'intérêt des phénomènes psi réside principalement dans leur caractère "interpellatif" qui amène l'homme à s'interroger sur lui-même et son interprétation du monde. En définitive, notre seul but est d'aller un peu plus loin dans cette interpellation.

On ne peut qu'être étonné, voire admiratif, pour les résultats que vous avez obtenus au Québec. A notre connaissance, c'est la première fois que l'enseignement dans cette discipline dépasse le cadre d'une université particulière pour atteindre la reconnaissance du Ministère de l'Education ou d'une corporation officielle comme celle des psychologues. A quoi attribuez-vous ce succès ? A Louis Bélanger ? Au contexte québécois ?

A une conjonction de plusieurs éléments. Il est vrai qu'à mon retour d'Allemagne en 1974, personne d'autre ne bénéficiait d'une formation théorique et expérimentale comme celle que l'on reçoit à Freiburg. Or, à ce moment-là, il y avait au Québec un besoin d'une information sérieuse sur les phénomènes psi comme le témoignent différents médias tout au long de la décennie.

Ainsi la presse écrite a abordé de temps à autre le domaine psilogique de façon intéressante. Par exemple, Andrée Bissonnette a écrit en 1976 un article important intitulé "Les sourciers de l'esprit" dans la revue Réseau de l'Université du Québec. La revue Quebec Science elle-même est ouverte à l'approche rigoureuse des phénomènes psi. Il faut enfin mentionner l'excellent livre d'André Patry (Matière, vie et psychisme Montréal, Lemgac, 1973), professeur à l'Université du Québec à Montréal et membre de la SPR de Londres, qui fut recensé par Hubert Larcher dans la Revue Métapsychique.

A la radio, l'excellente série de huit émissions produites par la R.T.B. en collaboration avec Jean Dierkens fut diffusée, au printemps 1977, sur les ondes de Radio-Canada. Il faut aussi noter le rôle non négligeable que joue, avec son style particulier, le communicateur Jacques Languirand. Les commentaires qu'exprima le vulgarisateur scientifique Fernand Séguin sur les travaux de Ian Stevenson et la controverse autour d'Uri Geller, ne l'ont pas empêché de recevoir le prix Kalinka en 1979.

A la télévision, Radio-Canada consacra aux phénomènes psi, en 1969-1970, treize émissions bien documentées dans la série "Atome et Galaxies", puis trois émissions de la série "Aux frontières du connu" réalisées par Jean Martinet. Il y a deux ans, trois dossiers ont été préparés avec ma collaboration par l'équipe de Science-Réalités sous la direction de Hélène Robert et diffusés en 1979.

Enfin, on doit mentionner l'influence qu'ont eue les trois symposia que John Rossner organisa dans le cadre de l'IIIHS et des activités de l'Education permanente à l'université Concordia.

En fait, la "germination de la graine psilogique" sur le sol québécois s'inscrit dans un contexte géopolitique particulier : nous sommes nord-américains. Chez nous, comme aux Etats-Unis, les structures sont moins rigides, la communication scientifique me semble plus démocratique qu'en Europe. Celui qui est censé posséder la connaissance est moins pontifiant. Dans tous les domaines on voit que la hiérarchisation n'est pas aussi rigide, que la connaissance n'est pas aussi subordonnée au rôle que l'on joue.

Nous sommes nord-américains, c'est sûr ; mais nous sommes aussi d'expression française. Un bon nombre de Québécois manifestent le désir de construire à leur façon un pays, grand par son étendue, petit par sa population, en équilibre fragile mais, nous l'espérons, créateur entre ce besoin d'échapper à l'assimilation culturelle et politique et cette "ouverture au monde" qui a marqué la période de la "révolution tranquille".

L'intérêt pour la psilogie s'insère probablement dans cette soif de connaître ce qui se passe à l'extérieur et une prise de conscience d'un certain potentiel.

Il faut dire aussi que la religion institutionnalisée était très imprégnée chez nous ; depuis 1960, plusieurs Québécois ont "changé de cap" mais la quête de la transcendance se poursuit toujours, en syntonie avec la tentative de façonnement socio-politico-culturel. Si la forme institutionnalisée a changé, s'il y a une baisse de fréquentation des lieux officiels du culte, il n'y a pas une moins grande recherche ou exploration des espaces intérieurs. On assiste à une sorte de déplacement de ce qui correspondait à la prière, à la notion de transcendance, de "communion des saints" dans les diverses écoles de psychologie : analytique, humaniste, transpersonnelle, certaines techniques de psychothérapie, les techniques et philosophies extrême-orientales. Il n'est pas dit d'ailleurs que ce déplacement ne conduise pas à un retour aux racines chrétiennes, sous un éclairage nouveau, centré sur le vécu mystique transculturel.

Enfin, peut-être que les Québécois, plus naïfs que d'autres, ignorent encore que le psi ne peut pas exister...

Justement, on sait qu'au sein même de la Parapsychological Association certains membres ne sont pas encore convaincus de l'existence des quatre types principaux de phénomènes psi. Et vous-même, vous avez peut-être vécu quelque expérience qui vous a convaincu "de l'intérieur", quelque "impérience" comme vous dites, qui vous aura libéré de tout doute ?

De tout doute systématique, certainement pas ! Avant mon engagement dans la recherche psilogique, je n'avais pas vécu d'expérience de cette nature. Pour moi le psi était avant tout un défi intellectuel. Par la suite, entre 1968 et 1971, j'eus par trois fois des impériences de psiesthésie, en rapport avec une compagne d'alors, A., qui était restée au Québec. Quelques jours précédant chacune des trois fois où elle vint, sans me prévenir, me rendre visite à Freiburg, j'eus des hallucinations auditives qui se révélèrent a posteriori, après son arrivée, comme des psiesthésies d'un type particulier.

La troisième fois, j'étais à Pursruck en train d'investiguer le cas de PKS, en compagnie des deux membres fondateurs du GERP, Gérard Charpotier et Johann Mathieu. A un moment où j'étais seul dans la maison, j'entendis qu'on m'appelait par mon prénom avec insistance. Je crus d'abord à une plaisanterie. Ce n'est que quelque temps après, à l'arrivée de A. en Allemagne que je réalisai une nouvelle fois que j'avais été l'objet d'une psiesthésie "transatlantique". Ce ne fut que lorsque A. investit son affectivité sur un autre homme que ce genre de phénomène cessa définitivement.

En fait, je ne cherche pas à développer le potentiel psi, ni en moi-même, encore moins chez les autres. Mais qu'un phénomène psi se produise, alors je cherche à en assumer toute la signification.

Louis Bélanger, au cours des derniers mois, vous avez sillonné différents pays d'Europe. Quelle impression majeure garderez-vous de votre séjour ici ?

Je dois dire que j'ai été frappé par la sourde inquiétude aux plans politique, économique, éthique que j'ai rencontrée un peu partout et qui tranche avec le climat plus insouciant qui régnait à mon départ du Québec, malgré cette année historique du Référendum. Ce climat se retrouve avec plus d'intensité dans les milieux psilogiques, à cause du contact avec les sensitifs, l'étude des prémonitions et autres psiesthésies. Cette inquiétude ressort dans les questions du public lors des ciné-conférences. "1984"l, Malachie, Nostradamus sont cités fréquemment dans un enchevêtrement d'attentes, d'espoirs et de craintes où l'on redoute aussi bien des conflits armés que des catastrophes naturelles.

Le psilogiste peut jouer un rôle important dans l'hygiène psychosociale en rappelant combien les psiesthésies à caractère prémonitoire doivent être considérées avec prudence, et en évoquant l'existence des effets placebo et nocebo et leur extension possible du plan individuel au plan social. Si l'on veut saisir le jeu cybernétique entre "l'air du temps" et l'émergence des phénomènes psi, et l'influence en retour de ceux-ci, il me paraît indispensable d'élever au plan sociologique la réflexion psilogique.

FIN DE L'ENTRETIEN

(scanné par Grégory Gutierez, septembre 99)

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