TECHNIQUE THERAPEUTIQUE PSYCHANALYTIQUE DES SUJETS PSI

UTILISANT LES PHENOMENES PARAPSYCHOLOGIQUES ET LEUR EXPLICATION

 

par Nicole Gibrat

Parapsychologie n1, déc. 75
 

Mon propos est d'exposer une expérience thérapeutique particulière, en clientèle privée, durant une année d'exercice. Ma clientèle est composée en majorité de sujets-psi, si l'on peut définir ainsi des personnes semblant posséder normalement des capacités parapsychologiques plus développées que la moyenne, avec des quotients intellectuels variables, des types de personnalités allant, aux deux pôles les plus opposés du spectre, des personnalités (1) hystériques aux obsessionnelles.

Pour des raisons d'orientation médicale, elle comprend surtout des névrosés (2), peu de psychotiques (3), et parmi les névroses, une majorité de névroses obsessionnelles ou phobo-obsessionnelles. Les techniques de traitement vont de la cure-type (4) aux psychothérapies en face-à-face (5), d'inspiration psychanalytique, de longue ou courte durée, avec ou non appoint médicamenteux (surtout à base de tranquillisants). J'ai pu constater que chez ces personnes, la méconnaissance ou les mauvaises interprétations de leurs facultés parapsychologiques majoraient leurs troubles psycho-pathologiques, semblables par ailleurs à ceux des autres sujets, et parfois pouvaient avoir un rôle fort important dans la genèse de ces troubles.

Par contre, la reconnaissance et l'utilisation systématique de ces facultés dans la cure, me semble l'améliorer considérablement. J'attache donc, dès la première rencontre, beaucoup d'importance à l'évaluation de ces facultés parapsychologiques chez mes analysants.

D'abord une notion subjective de contact particulier, qui est facilitée par le fait que je suis moi-même un sujet-psi ; puis des éléments de présomption, plus objectifs : signes ophtalmiques d'un taux élevé de T.S.H. (6) (élément du syndrome d'Assailly (7" plus ou moins marqués ; phénomènes du registre parapsychologique, s'il y en a de connus, et l'état de conscience qui les accompagnent ; sensations fréquentes de "déjà vu, déjà vécu" non pathologiques et rattachables (j'ai pu le vérifier) à des rêves prémonitoires oubliés ; fréquence également des phobies (8) du noir, phobies des fantômes, peurs superstitieuses ; goûts pour l'occulte ou à l'opposé hyper-rationalisme s'accompagnant de passion pour la science-fiction.

Dans les antécédents familiaux, j'ai retrouvé presque régulièrement l'expression, sous forme de compromis variant avec l'époque historique ou les milieux sociaux, des mêmes capacités. Parmi ces personnes, certaines savent qu'elles sont des sujets-psi, mais sont habituées à la cacher à l'extérieur et vivent leurs phénomènes, soit dans le contexte d'interprétations religieuses ou superstitieuses qui ont pu les traumatiser, soit avec des notions scientifiques plus saines mais incomplètes, parfois même sont très bien informées intellectuellement, mais à la merci de la résurgence de légendes et de traditions pluriséculaires et terrifiantes qui n'ont été que refoulées (9). D'autres en ignorent tout, ont été le siège de phénomènes "bizarres" et inquiétants dont elles n'ont pas osé parler "de peur qu'on me croit fou" et selon leur degré de culture psychiatrique et psychologique ont fait des interprétations très angoissantes en termes de pathologie mentale.

Dans d'autres cas, la phénoménologie a été entièrement refoulée, signant ainsi un vécu encore plus angoissant.

Dès le début du traitement, je leur fournis, en face-à-face, une information scientifique simple sur la parapsychologie, en leur disant que je suis moi-même un sujet-psi et que je considère qu'il s'agit de fonctions normales : historique et état actuel des études sur la parapsychologie, phénoménologie de base en m'appuyant sur des analogies avec des systèmes d'échange d'information ou d'expression motrice connus et considérés comme normaux : télépathie, prémonition, psychokinésie, phénomènes d'ectoplasmie, hallucinoses (10) non pathologiques de l'endormissement ou du réveil ; il s'ensuit généralement, d'emblée, une sédation importante de l'angoisse, un meilleur contact et l'établissement beaucoup plus rapide du transfert (11) suivi d'un riche "matériel" psychanalytique onirique, à contenu fréquemment télépathique ou prémonitoire que j'interprète toujours quand il se présente.

Dans la dynamique de la cure, les gains portent sur :

- une expérience correctrice des troubles relationnels avec l'entourage (à base de peurs réciproques), car l'analyste lui n'a pas peur (cf. Alexander)

- l'expérience de la réalité (12) au niveau du transfert, beaucoup plus aisée, que l'analysant fait souvent de lui-même. L'analyste, la télépathie aidant, ne pouvant être pour lui un inconnu (avec la nécessité pour l'analyste d'un important travail contre-transférentiel) d'où l'expression plus aisée de l'agressivité, l'éradication de résistances (13), trop importantes et d'angoisses inutiles.

-l'utilisation au maximum de capacités auto-analytiques, souvent remarquables chez les sujets-psi, évitant les régressions (14) excessives.

- l'élargissement et la précision des limites de la réalité objective par la connaissance de phénomènes parapsychologiques qui avaient pu être interprétés comme délirants ou hallucinatoires.

- on connaît l'importance thérapeutique d'une interprétation (15) juste ; or certaines, chez les sujets-psi, doivent tenir compte essentiellement de leurs capacités particulières : dans les névroses obsessionnelles certains sentiments de culpabilité ressentis lors d'événements fortuits dramatiques sont liés en réalité à une information prémonitoire refoulée (j'ai pu le vérifier objectivement).

- des coïncidences, des rencontres apparemment fortuites, trop fréquentes n'entraînent plus "l'inquiétante étrangeté " (16) (cf. Freud) si l'on admet qu'il peut s'agir de l'utilisation inconsciente d'informations également inconscientes télépathiques ou prémonitoires. Les sentiments de persécution peuvent être ramenés à de plus justes proportions et ne sont pas toujours imaginaires, les sujets-psis sont souvent inconsciemment rejetés par les groupes, ils se sont dès l'enfance innocemment trahis, "comment le sais-tu ? " "qui te l'a dit ?", Ieur perception très fine des affects mêmes inconscients des autres leur renvoie la peur et la méfiance qu'ils inspirent souvent sans savoir pourquoi, mais leur font souvent aussi surestimer l'agressivité d'autrui. La méconnaissance de leur particularisme, par un mécanisme de projection (17), les pousse à taxer trop aisément les autres d'inauthenticité volontaire.

Les névroses d'échec (18) ont chez eux un caractère particulier : échecs à répétition aux examens, par rejet superstitieux ou scrupule excessif de la prémonition des questions ; dans la vie, véritables "psi-missing" (19) après des informations "diaboliques" ou simplement " trop intuitives" en contraste avec des informations officielles, conscientes, logiques mais qui s'avéreront inexactes, pouvant aller jusqu'à des catastrophes existentielles. Certaines inhibitions (20) en secteur, dans le domaine dit normal, pouvant provenir du refoulement de la connaissance para-normale des informations du même secteur. Je mentionne également l'angoisse très particulière liée à un conflit entre les informations conscientes inexactes et les informations inconscientes exactes.

D'autre part, dans le courant de la cure, j'essaye d'amener ces personnes à vivre leurs fonctions-psi le plus normalement possible et à les utiliser même dans les petits actes de la vie quotidienne, en dédramatisant le fait qu'elles restent néanmoins souvent obligées de les cacher ou de les "rationaliser" pour les autres.

J'ai pu, en un an, et surtout dans le traitement des névroses obsessionnelles, observer, dans ces cas, une accélération considérable de la cure avec possibilité d'espacement des séances et allégement d'angoisses trop importantes et inutiles, le déroulement classique de la cure, la restructuration progressive de la personnalité restant par ailleurs les mêmes.

Au stade actuel de mon expérience, je me pose l'hypothèse, entre certains sujets, d'une sorte d'analyse de groupe où je jouerais peut-être le rôle d'une sorte de "standard télépathique" ; et peut-être pourrait-on envisager en tenant compte, et en favorisant le développement de leurs facultés-psi, chez des sujets qui semblent en posséder moins, une facilitation thérapeutique psychanalytique dont ils pourraient bénéficier.

(1) personnalité : structure unique et originale que prend la conduite d'un individu, cherchant au cours de son histoire, à s'adapter au milieu physique et humain qui est le sien.

(2) névrose : maladie mentale déclenchée par des traumatismes psychologiques et comportant des troubles de l'affectivité, causes d'inadaptation sociale.

(3) psychose : maladie mentale beaucoup plus grave, parfois d'origine constitutionnelle et atteignant les fonctions intellectuelles fondamentales : le jugement et le sens du réel.

(4) cure-type : technique psychanalytique telle que l'a établie et codifiée Freud : l'analysant, allongé sur un divan, est prié de parler librement, sans censurer ses propos suivant les usages du discours habituel (associations libres); l'analyste, placé derrière le divan, souligne et interprète les éléments significatifs de ses propos.

(5) face-à-face : technique psychothérapique dérivée de la précédente, mais où l'analysant, assis, peut voir l'analyste.

(6) T.S.H. ou "Thyréostimuline" : hormone secrétée par le lobe antérieur de l'hypophyse et qui excite la sécrétion de la glande thyroïde ; l'augmentation de son taux provoque des signes oculaires : éclat "tragique" et fixité du regard, protusion plus ou moins marquée du globe oculaire.

(7) (cf.) A. Assailly, "Contribution à l'étude de la médiumnité" - la science et le paranormal, IMI Paris 1955.

(8) phobie : peur déclenchée par un objet ou une situation particuliers, que l'on reconnaît comme immotivée, sans pouvoir la dominer ; correspond à une défense mal adaptée contre l'angoisse.

(9) refoulement : processus qui consiste à repousser de la conscience des idées, des sentiments, des souvenirs et à les maintenir inconscients, mais qui peuvent se manifester de façon désadaptée dans d'autres domaines ; confondus généralement dans le langage courant avec "l'oubli".

(10) hallucinose : pour H. Claude et H. Ey désigne toute hallucination (perception sans objet) reconnue par le sujet, au moment où elle se produit, comme un phénomène anormal.

(11) transfert : report sur la personne du thérapeute des sentiments éprouvés dans le passé à l'égard des personnages significatifs : parents ou substituts parentaux, permettant la nécessaire reviviscence dans la cure des situations affectives d'autrefois.

(12) expérience de la réalité : prise de conscience que l'on fausse, sans le savoir consciemment, ses sentiments et ses réactions actuelles, en reproduisant inconsciemment des attitudes vécues dans le passé.

(13) résistance : désigne les forces que le patient met en oeuvre, souvent à son insu, pour s'opposer à la reconnaissance de son désir inconscient.

(14) régression : retour du sujet à des stades antérieurs de son activité, de sa pensée, de sa vie affective.

(15) interprétation : acte de signification dans la découverte d'un rapport entre le sens manifeste et le sens caché des propos de l'analysant.

(16) inquiétante étrangeté : nom donné par Freud dans un article de ce nom, dans les "essais de psychanalyse appliquée", à une angoisse particulière devant les situations apparaissant comme inexplicables et "magiques".

(17) projection : mécanisme de défense contre l'angoisse qui consiste à attribuer à l'autre ses propres particularités (le plus souvent celles que l'on ignore en soi-même).

(18) névrose d'échec : ensemble de frustration interne et d'auto-punition qui concernent les sujets ne pouvant inconsciemment s'empêcher de répéter une situation d'échec alors que rien objectivement ne les y conduit.

(19) "psi-missing" : terme de parapsychologie expérimental signifiant qu'un sujet a eu des résultats faux en un pourcentage dépassant les possibilités du hasard ; significatifs d'une divination juste, au niveau inconscient, mais qui chaque fois s'est exprimée consciemment par son contraire.

(20) inhibitions : comportement défensif fait de gêne, de blocage, de malaise émotionnel.

Une partie des notes de cet article a été tirée des notes de "l'inconscient et la psychanalyse" de Jean-Paul Charrier (P.U.F.) que je me permettrais de conseiller aux lecteurs désireux d'approfondir certains concepts. Un report au "dictionnaire de la psychanalyse" de Pierre Fédida (Larousse) peut être également utile.

 

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