PSITT ! N°46, mai 1986 :

A propos des expériences de « hors corps », par Patrick Dewavrin

Décorporation, héautoscopie, impression de détachement corporel ; Essai de définition

   Il est important de faire la distinction entre ces trois types de phénomènes, car ils relèvent d’interprétations fort différentes. Les médecins et psychiatres peu au courant du contenu de l’expérience de décorporation, ont souvent tendance à l’expliquer soit par l’héautoscopie, ce qui est inexact, soit par l’impression de détachement corporel, ce qui est également erroné. Pour permettre à chacun de clarifier ses idées sur le sujet, nous vous proposons une définition de chacun de ces termes suivie d’une discussion sur les hypothèses explicatives possibles.

1)    L’impression de détachement corporel

   L’impression de détachement corporel, c’est la sensation de ne plus sentir son corps, d’être comme détaché de lui.

Cela peut aller jusqu’à la sensation d’être devenu un pur esprit. Au même moment, surtout dans les expériences aux frontières de la mort, il peut arriver que la conscience soit le siège de phénomènes particuliers : accélération de la pensée, ralentissement du temps, sentiment de paix, mémoire panoramique, hallucinations visuelles et auditives.

   Elle ne comporte pas la vision de son propre corps inerte, vu de l’extérieur, car ce serait alors une décorporation.

   Ce n’est pas non plus la vision de son propre double, vu à partir de soi-même, car il s’agirait alors une héautoscopie.

   Deux auteurs américains, Russel Noyes et Roy Kletti, dont l’un est professeur de psychiatrie et l’autre psychologue clinicien avaient fait aux U.S.A., bien avant que Moody ne soit connu, une vaste enquête auprès de 104 personnes confrontées à une menace de mort imminente. Ils ont retrouvé l’impression de détachement corporel dans 64% des as. En voici un exemple tout à fait typique : il s’agit du témoignage d’un homme de 55 ans qui avait été soldat pendant la seconde guerre mondiale et dont la Jeep avait sauté sur une mine allemande. « Presque immédiatement après l’explosion, j’étais certain d’être mort ; je n’avais plus aucune sensation de mon corps physique, ni aucune perception. Il me semblait plutôt que j’étais entré dans un état dans lequel seuls ma pensée et mon esprit existaient. Je ressentis un sentiment de paix et de sérénité complète. Je ne me rappelais de rien, je réalisais seulement que ma vie était terminée et que mon esprit continuait à exister. Le temps me semblait arrêté. Je n’avais plus aucune conscience de l’environnement étant donné que mon existence me semblait purement mentale. Le sentiment d’une paix complète de l’esprit et d’une acceptation remplie de félicité de mon nouvel état dont je savais qu’il ne cesserait jamais m’empêchait de m’inquiéter fortement. »

   L’impression de détachement corporel est principalement une expérience imaginaire, fantasmatique, ne mettant en jeu aucune perception objective du corps ou de l’environnement (comme c’est le cas dans la décorporation). Elle est susceptible de recevoir des explications psychodynamiques et neurophysiologiques tout à fait satisfaisantes et ne concerne donc pas la parapsychologie.

   L’impression de détachement corporel met en jeu la perception du schéma corporel et de la cénesthésie. Elle est à rapprocher de deux types de phénomènes.

a)    Les modifications de l’image du corps dans les états de relaxation.

   Au cours d’exercices de relaxation, certains sujets peuvent ne plus ressentir une partie de leur corps ou en avoir une perception inexacte. L’expérience peut aller jusqu’à la perte complète des limites corporelles, même chez des patients de structure névrotique n’ayant jamais présenté de dépersonnalisation (la structure névrotique est considérée comme étant celle du sujet normal). La baisse des afférences renseignant sur les positions musculaires et la sensibilité viscérale y jouent probablement un rôle prédominant car la relaxation est capable d’abaisser le seuil de ces afférences.

   En réanimation le patient qui fait un arrêt cardiaque, et qui reste conscient, se trouve dans un état proche de celui créé par la relaxation. Ses muscles ne répondent plus à sa volonté, son corps se trouve totalement inhibé alors que le massage cardiaque permet à son cerveau de survivre encore un certain temps. N’ayant plus aucune prise sur son corps, son corps n’a plus de prise sur son esprit et il se trouve dans un état de déconnection sensorielle qui explique cette impression de détachement corporel.

b)    Les états comportant une grande tension psychique peuvent aussi entraîner un oubli du corps.

-        La très grande concentration intellectuelle est capable de faire oublier la sensation de faim, les besoins de sommeil, la fatigue, parfois même la douleur ;

-        Les états de joie extrême peuvent s’accompagner d’une impression d’expansion de l’esprit et de distanciation du corps.

   Nous nous trouvons ici dans un cas de figure qui est l’inverse du précédent. Il se produit dans ces états un véritable bombardement d’influx nerveux exclusivement centrés sur la sphère de la pensée et de l’affectivité. Les processus psychiques prennent alors une telle importance que le corps n’est plus inhibé comme précédemment mais qu’il est « oublié ». Les informations sensorielles renseignant sur le schéma corporel sont noyées sous le flot de celles concernant la pensée et l’affectivité. C’est ce qui se passe chez les personnes confrontées pendant quelques secondes à une menace de mort imminente (comme l’alpiniste qui dévisse et tombe indemne sur un tapis de neige). Les témoignages recueillis dans cette situation mettent en évidence une extraordinaire accélération de la pensée qui provoque un éveil cortical massif et submerge toutes les informations chargées de renseigner le cerveau sur le positionnement du corps. Ce qui se traduit par l’impression d’être devenu un pur esprit sans corps.

   D’un point de vue psychanalytique, l’impression de détachement corporel peut être interprétée comme un moyen de détourner l’angoisse de mort. En éloignant un environnement qui est menaçant et un corps qui risque d’être anéanti, l’inconscient préserve le sujet d’une réalité insupportable. Tout se passe comme si l’angoisse, qui a été pendant quelques instants très forte, débordait les mécanismes de défense du sujet, puis était subitement refoulée, au prix d’une déformation de la perception du monde extérieur. Ce processus est à rapprocher de la déréalisation.

2)    L’héautoscopie

   L’héautoscopie, c’est la vision de son propre double, qui est vivant. Dans ce cas, le sujet a l’impression que sa conscience reste dans son corps. L’héautoscopie a été particulièrement bien étudiée aux Etats-Unis par Lukianowics qui, à travers de très nombreuses observations et une recherche dans la littérature psychiatrique mondiale, a pu mettre en évidence les principales caractéristiques du phénomènes ; nous en reproduisons ci-dessous quelques unes :

  1. Le double apparaît habituellement brutalement.
  2. Le plus souvent le sujet ne voit que le visage de son double, ou le visage et le buste. Plus rarement, toute la tête, généralement de profil.
  3. Le double est vu de façon précise et détaillée.
  4. A part quelques exceptions, le double est sans couleur.
  5. Il est souvent transparent.
  6. Le double imite généralement les mouvements et les expressions de visage de son original.
  7. La localisation la plus fréquente du double est à un mètre en face du sujet, dans son espace visuel.
  8. La réaction émotionnelle la plus fréquente devant le phénomène est la tristesse, la stupeur, la perplexité ; chez le schizophrène, l’indifférence.
  9. La grande majorité des apparitions de double se produit au crépuscule, une petite partie seulement dans la journée.
  10. Ni le sexe, ni l’intelligence, ni l’éducation ne jouent un rôle étiologique.
  11. Le double ne crée pas d’ombre lorsqu’il est exposé à la lumière. Ceci le distinguerait des « apparitions » selon Tyrrell.
  12. Il ne paraît pas y avoir de relation entre la psychose et l’héautoscopie. Dans la plupart des cas, le sujet n’a pas d’antécédents psychopathologiques. En revanche, on trouve une légère corrélation avec l’épilepsie et la migraine.

   Comme nous le voyons, la décorporation, vision de son propre corps inerte, n’a rien à voir avec l’héautoscopie, vision de son double vivant.

   L’héautoscopie reste un phénomène assez mystérieux et les explications que l’on peut en donner ne sont pas entièrement satisfaisantes. Il y a principalement deux théories étiologiques :

-        La théorie organique qui considère que l’héautoscopie est la conséquence de lésions temporales du cortex cérébral. A l’appui de cette théorie la présence du phénomène chez certains patients souffrant d’épilepsie temporale et chez d’autres ayant eu des lésions neurologiques dans les aires temporales. Cependant beaucoup de patients ayant eu les mêmes lésions ne font pas d’héautoscopie et il n’est donc pas possible de lui attribuer une localisation corticale spécifique comme pour la plupart des symptômes neurologiques courant. Par ailleurs de nombreux sujets ayant présenté des phénomènes d’héautoscopie n’ont aucuns antécédents organiques.

-        La théorie psychogène : L’héautoscopie serait la projection dans l’espace visuel du sujet d’une image mentale entreposée dans sa mémoire. Cette image, qui concerne la représentation de notre propre corps, serait présente à l’état d’engramme, dans la mémoire de chacun d’entre nous et resterait ignorée dans les circonstances habituelles. Chez des sujets de constitution narcissique, dont l’image du corps serait affectivement très investie, cette image pourrait se trouver mobilisée et projetée à l’extérieur dans le but de pallier à un sentiment d’incomplétude narcissique. Il existe en effet des témoignages dans lesquels l’héautoscopie est survenue dans le suites d’un veuvage ou inaugurait un épisode dépressif. Dans tous les cas on peut penser qu’elle jouait un rôle compensatoire pour lutter contre l’angoisse du vide ou de la séparation. Cette théorie trouve ses limites lorsque le phénomène survient chez des personnes en bonne santé psychique et qui ne sont confrontées à aucune difficulté particulière dans leur existence.

   L’héautoscopie reste un phénomène insuffisamment expliqué et il n’est pas certain que la parapsychologie ne soit pas concernée par son étude. Les expériences d’extériorisation de fantômes conduites sur des médiums en état hypnotique par le colonel de Rochas, puis Hector Durville, ne sont pas sans présenter des analogies frappantes avec l’héautoscopie. Dans son ouvrage, Le fantôme des vivants, Hector Durville décrit ainsi le comportement du double :

« Une masse indécise, une colonne vaporeuse, sensiblement plus haute et plus large que le sujet ; sous l’action de la magnétisation dirigée sur celui-ci, cette masse se condense, devient plus lumineuse et prend exactement la forme du sujet ; c’est son double, son fantôme, les contours sont plus ou moins nets et précis, surtout à la partie supérieure qui est beaucoup plus active que l’inférieure. Sous l’action de la magnétisation qui continue, le fantôme se condense et devient plus lumineux, surtout vers la tête ; arrivé à un certain point de condensation, il prend l’attitude du sujet ; celui-ci étant confortablement assis dans un fauteuil, celui-là s’assied dans un autre disposé pour lui à la place qu’il doit occuper ; et là, comme une ombre, il répète tous les mouvements et gestes du sujet ; c’est l’image de celui-ci, image objective, réelle, car réfléchie par les glaces, réfractée en passant d’un milieu dans un autre, comme la lumière. » Un peu plus loin, il ajoute : « Le fantôme a l’allure d’un voile vaporeux lorsque, n’ayant pas de motif sérieux pour se montrer, il flotte indécis dans un état de matérialisation peu avancé ; il est au contraire vêtu comme le sujet lorsque, pour une raison quelconque, il est plus lourd et plus matériel. »

   La comparaison avec le cas suivant d’héautoscopie cité par Lukianowicz est tout à fait intéressante : Mme A., professeur retraitée, âgée de 56 ans, commença à présenter des hallucinations autoscopiques après l’enterrement de son mari. Quand elle revint du cimetière et ouvrit la porte de sa chambre elle eut immédiatement l’impression qu’il y avait quelqu’un dans la pièce. Dans la demi lumière du crépuscule elle découvrit une femme en face d’elle. Mme A. leva le bras droit pour ouvrir la lumière. La mystérieuse étrangère fit le même mouvement avec sa main gauche, puis réunit ses deux mains. Mme A. ressentit que sa main droite se refroidissait, comme si elle se vidait de son sang. Avec la lumière électrique elle remarqua que l’étrangère portait une exacte réplique de son manteau, de son chapeau et de son voile. Malgré le caractère surprenant de cette situation, elle n’éprouva aucune peur. Elle se sentait indifférente, et sans faire davantage attention à l’intruse, commença à se déshabiller en retirant son voile, son chapeau et son manteau. L’étrangère qui était restée dans un coin obscure fit exactement de même. C’est seulement lorsqu’elle observa le visage de l’inconnue que Mme A. découvrit que c’était elle-même en train de regarder elle-même, comme dans un miroir, et imitant ses propres gestes et mouvements. Il lui vint à l’esprit qu’il devait s’agir de son « double », d’un « deuxième moi » qui la regardait. Ce double lui semblait plus vivant et animé qu’elle-même. Se sentant extrêmement fatiguée elle s’allongea sur son lit. Dès qu’elle ferma les yeux, la vision de son double disparut. Et presqu’au même moment elle se sentit retrouver ses forces, comme si « la vie de son corps astral » avait réintégré son corps physique. Peu après elle fut capable de se lever, de changer de robe, puis d’aller souper.

   Depuis cette soirée, elle fut visitée presque tous les jours par son « corps astral » comme elle prit l’habitude de l’appeler, le plus souvent au moment du crépuscule, quand elle était seule.

   La patiente qui avait une excellente capacité d’autoanalyse commentait ainsi son expérience : « D’un point de vue purement intellectuel, je suis parfaitement consciente que mon double n’est qu’une hallucination. Mais je le vois, je l’entends, je le sens avec tous mes sens. Sur un plan émotionnel il m’apparaît comme étant vivant, une partie de moi-même, une forme matérialisée de mon propre « corps astral ». C’est moi, scindée et divisée… Ô, docteur, tout cela est si embarrassant. Et le pire de tout, c’est que je ne peux en parler à personne d’autre que vous car n’importe qui d’autre penserait que je suis folle. »

   Il n’est guère besoin d’insister sur la ressemblance frappante entre ce témoignage d’héautoscopie publié dans une revue américaine de psychiatre de grande réputation et les expériences d’extériorisation de double faîtes sur des médiums au début du siècle. Or, il est hautement probable que ces mêmes expérimentateurs (Rochas, Durville, Lanvin) ignoraient tout de la sémiologie de l’héautoscopie dont l’existence était à peine connue dans des milieux ultraspécialisés de neuro-chirurgiens et peut-être de quelques psychiatres. Alors comment ces expérimentateurs ont-ils pu reproduire un phénomène que les scientifiques eux-mêmes considèrent comme très rare et difficilement explicable ? Cela ne signifie-t-il pas que l’expérimentation parapsychologique peut contribuer à l’étude de ce phénomène et que les interprétations qu’en ont données les « psychistes » du début du siècle mérite d’être mieux connues ?

3)    La décorporation

   Ce mot est un néologisme. Il a été inventé par les traducteurs du livre du Dr Moody « Life after Life » pour rendre compte du terme « out of body experience » (expérience hors corps). L’avenir dira si ce mot mérite d’être conservé ou s’il faut le remplacer par une autre expression. Il présente l’avantage d’être assez spécifique contrairement à l’expression « expérience hors corps » qui peut désigner de nombreux phénomènes très différents : une simple impression de détachement corporel, une héautoscopie, une perception extrasensorielle, une dépersonnalisation psychotique, ou une authentique décorporation. Retenons donc provisoirement que la décorporation répond à la définition suivante : la vision de son corps physique inerte et de son environnement objectif immédiat (les lieux ou les personnes qui l’entourent), le centre de la conscience se trouvant à distance de celui-ci. L’expérience survient le plus souvent à l’occasion d’un grave accident, au cours de manœuvre de réanimation, pendant une anesthésie, mais certains sujets prétendent avoir vécus des expériences de décorporation spontanées pendant leur sommeil.

   Le cas suivant est inédit en langue française et bien antérieur aux publications du Dr Moody. Il s’agit du témoignage d’une poétesse américaine, Caresse Crosby qui raconte dans son livre autobiographique « The passionate years » (Dial Press, 1953) un épisode de noyad survenu dans son enfance : « Lorsque ma tête plongea sous la surface de l’eau, je m’efforçai sous le coup de la frayeur d’inspirer une dernière fois, et je n’eus plus le moindre souffle d’air par la suite. Mes poumons expirèrent une dernière fois encore puis se remplirent avec l’eau du torrent. Le sang s’échappa par mon nez et brutalement ma tête sembla se dilater jusqu’à exploser, mais en douceur, comme s’il s’agissait d’une balle de coton que l’on étire de plus en plus. Dans mes oreilles les eaux devenaient d’étranges berceuses aquatiques et petit à petit, là sous les flots, un jaillissement de lumière, éclatante comme celle qui traverse un prisme, clarifia ma vision. Non seulement je fis l’expérience de l’harmonie par le vue et l’ouïe, mais j’eus l’impression de tout comprendre. Et progressivement, telle une balle qui remonte à la surface, je montai à la surface, j’émergeai à travers une plateforme de bois, je m’élevai jusqu’à un endroit d’où je pouvais dominer toute la scène qui se déroulait en dessous de moi. Je vis mon père affairé sur son bateau, mes frères effrayés agrippant mes frêles talons et moi, mes cheveux tels des algues marines, extirpée vivement du fond de l’eau. Ainsi pendant que je me noyais, je vis mon père se retourner et agir. Je vis mes frères effrayés courir à la maison. Je vis les efforts pour tenter de me ramener à la vie et moi je n’essayais pas de revenir. Je n’ai jamais connu, ni avant ni après un état aussi parfait de joie et de douceur. Il n’y avait eu aucune tristesse ni douleur auxquelles j’aurais cherché à échapper. J’avais seulement sept ans, j’étais une enfant aimée, mais il n’y a eu aucun moment dans ma vie qui m’ait fait ressentir un bonheur aussi pur. Ai-je pu entrevoir, pendant que je me noyais (car je me noyais) la liberté de la vie éternelle ? Il y a une chose que je sais, c’est que le nirvana existe, c’est un lieu d’enchantement entre ici et l’au-delà, car je m’y suis rendue. »

   Au cours de cet épisode, la poétesse voit à distance son corps ainsi que tout l’environnement physique et humain qui est à proximité. C’est une expérience de décorporation. Moody et ses successeurs en décriront bien d’autres, dont certaines sont encore bien plus spectaculaires.

   Existe-t-il une explication neurologique ou psychologique possible de la décorporation ? A notre avis aucune. Dans la mesure où le sujet décrit un environnement physique dont on peut vérifier l’exactitude (bien qu’il ait été incapable de le voir depuis son corps) il faut bien reconnaître qu’il s’agit de perceptions objectives et non de fantasmes ou de réminiscences d’un état onirique. La seule hypothèse qui mériterait d’être discutée serait celle d’une reconstruction « après coup » de l’expérience. Le sujet, au sortir de son accident ou de son coma s’informerait de toutes les manœuvres de réanimation qu’on a pratiqué sur lui, des personnes qui l’ont approché, des lieux où on l’a transporté, et irait ensuite raconter qu’il a tout observé alors qu’il était sorti de son corps. Mais cela ressemblerait alors à une affabulation volontaire de sa part. Or rien dans le comportement des personnes qui ont vécu une décorporation n’accrédite cette thèse. D’une façon générale les patients qui sont passés par cette expérience sont pudiques et hésitent souvent à raconter ce qu’ils ont vécus. Très couramment ils ne la racontent même pas à leur médecin et hésitent à en parler à leur famille. Enfin, il ne faut pas oublier que certains témoignages ont été recueillis directement au sortir d’un coma ou d’une anesthésie alors que le malade n’avait pu encore dialoguer avec son entourage. Il faut donc bien reconnaître que la décorporation reste une énigme scientifique complète. Et je ne vois pas d’autre alternative possible que de choisir entre ces deux positions :

-        ou bien les témoignages de décorporation sont considérés comme des fables que se racontent à eux-mêmes les patients qui ont frôlé la mort ou que colportent certains auteurs en mal de succès d’édition ;

-        ou bien ils sont exacts et alors il faut bien admettre que dans certaines circonstances la conscience peut percevoir en dehors du cerveau. Ce qui évidemment est un fort argument en faveur des thèses spiritualistes.

   Il reste que cette discussion porte sur des témoignages et que les témoignages n’ont jamais constitués une preuve scientifique. Alors nous sommes prêts à parier que dans trente ans on continuera à s’interroger sur cette expérience et qu’elle suscitera de façon cyclique des débats passionnés.


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