IV. LES PSEUDO-SOLUTIONS

 

A. LA NEGATION ("La pire forme de crédulité", disait Jean Guitton)

1. Les phénomènes paranormaux ne sont pas reproductibles, donc ils n'existent pas. Pur scientisme, qui identifie science et reproductibilité, c'est-à-dire technique. Or toutes les sciences historiques (cosmique, biotique, humaine, sociale ou individuelle) étudient du non reproductible, i.e. du non prédictible. René Thom, le plus grand épistémologue français actuel, a proposé la théorie topologique des "catastrophes" (des discontinuités) qui ne permet aucune prédiction et dont l'efficacité est purement descriptive9.

[L'Establishment scientifique français et sa basse-cour nient massivement le paranormal. Cartésianisme oblige ! Mais renoncer à l'impossible, au miracle, c'est se suicider à la fois intellectuellement, moralement et artistiquement. Que ces débiles continuent donc à croire que les œuvres de Shakespeare sont moins improbables que les événements psi...]

2. Concernant l'antimatière et l'inversion temporelle, la plupart des physiciens considère qu'il s'agit là de simples commodités formelles, sans aucune correspondance "physique". L'argument peut leur être retourné. Remarquer que lorsque Copernic a proposé son modèle héliocentrique, ses adversaires déclaraient que c'était une représentation commode pour le calcul, mais fausse en réalité. Cette distinction n'a aucun sens épistémologique : un système intellectuel quelconque n'est pas fait pour être compris mais pour faire comprendre. Il est parfaitement justifié d'avoir une vision géocentrique dans la vie quotidienne. Non seulement parce que c'est la plus simple, mais surtout parce que c'est la plus utile : si l'on ne pensait pas de cette manière, on mourrait très rapidement d'accident.

[Pourquoi ? Lorsque le modèle héliocentrique a structuré la culture occidentale, les êtres "antipodiques" angoissaient beaucoup le grand public. Car, si malgré notre corps (i.e. notre expérience homéostatique acquise), nous niions absolument (en actes, et pas seulement en paroles) ces absolus vitaux que sont la distinction haut/bas et la platitude de la Terre, l'accident mortel ne tarderait pas. C'est d'ailleurs précisément ce qui arrive dans certaines "crises de folie". Là encore, on le voit, le critère de vérité, de raison est personnel, affectif.]

Actuellement par contre, si l'on veut rendre simplement et seulement compte de l'ensemble des mouvements célestes que nous percevons avec nos instruments modernes, ce n'est plus l'héliocentrisme qui est valable, mais l'expansion de l'univers. Tout est donc question d'échelle et de domaine d'efficacité.

[Autrement dit, un modèle de la réalité (quadrant II) n'est jamais "plus vrai" qu'un autre et possède, quel qu'il soit (même farfelu), un certain pouvoir de libération, de "lévitation" par rapport à la réalité objective. Si le savoir (l'agencement conceptuel) est bien de l'ordre du réel (quadrant II), la vérité est de l'ordre de l'imaginaire (quadrant III) : c'est une valeur, un absolu qu'on vise et qu'on cherche à matérialiser (quadrant IV puis I). Survivre, par exemple, consiste à modifier localement et efficacement la réalité objective, ce qui suppose que l'on sache et veuille en tenir compte globalement.]

3. De même, les tachyons seraient de simples jeux d'écriture ; car la logique (la causalité, le non paradoxal, la déduction, le "si... alors") doit l'emporter sur l'absurde, le non-sens (le "alors... si" carrollien et les paradoxes qu'il implique)10.

4. Idem pour le principe anthropique et les univers parallèles. Le passé n'est pas modifiable, donc la finalité est une illusion. J'attire votre attention sur le fait que ce refus a son exact équivalent dans les théories biogénétiques : toutes les universités du monde enseignent la vulgate darwinienne (mutation au hasard + sélection naturelle) qui n'a pas la moindre preuve prédictive à son actif et dont le schéma théorique gratuit est exactement le même que la théorie cosmologique traditionnelle (hasard + causalité). L'école française de biologie, c'est son honneur, est pratiquement la seule au monde à protester contre cet abus depuis plus de cent ans (Cuénot, Ruyer, Grassé, etc.)11. Le lamarckisme néanmoins, mais très lentement, refait surface : certaines observations récentes (couronnées par le Nobel de Temin et de Baltimore) montrent en effet que l'acquis finit par s'inscrire dans les gènes. Qui d'ailleurs, hormis les darwinistes et les moutons, pouvait en douter ?

B. RECONNAISSANCE DES FAITS12 MAIS INTERPRETATIONS FAUSSES

Nous choisirons le cas du paradoxe EPR.

1. La "télépathie" entre photons est interprétée comme une "action instantanée de proche en proche" (sic) par l'école rationaliste et matérialiste (Vigier, en France). Mais on réintroduit les fameuses variables cachées locales qui, comme l'a bien démontré B. d'Espagnat13, sont interdites depuis l'expérience EPR. De plus, selon la relativité restreinte, la simultanéité n'a pas de caractère absolu et dépend de l'observateur.

[En science, quand on ne trouve pas de solution déterministe à un problème, on introduit des paramètres, des variables hypothétiques, "cachées" - ceci pour retrouver un déterminisme. Les variables cachées sont toujours "locales". Or l'expérience EPR a montré que la transmission médiate n'est plus un modèle valable; la transmission apparemment instantanée qu'elle révèle justifie un modèle global. On ne peut donc maintenant introduire de variables cachées qu'à condition qu'elles soient globales.]

2. Plus courageuse est l'interprétation de Costa de Beauregard qui, partant de considérations générales sur la nature -objective (a priori) ou subjective- des probabilités, oppose avec raison la conscience perceptive à la volonté active et considère que seule l'intervention d'une subjectivité peut expliquer la réduction de la fonction d'onde, non décrite par la théorie quantique. (Mais, selon lui, lorsqu'il n'y a pas d'êtres humains, c'est un démiurge - pas moins - qui opère.) Il admet alors, dans la modélisation incluant la relativité restreinte, l'inversion temporelle et le zigzag à la Feynman, en supposant que c'est la conscience de l'observateur qui rétroagit, au moment de la mesure, sur la source (schéma 9). Il prétend ainsi faire le lien avec les phénomènes paranormaux [Costa, 1980, 1988] Il a raison en ce sens qu'effectivement toutes les ESP (perceptions extrasensorielles, mieux appelées percipiences) peuvent être ramenées à la prémonition ; et tous les PK (ou agences), au rétro-PK. Mais il escamote en parapsychologie tout ce qui ne colle pas avec son modèle, lequel stipule l'existence d'un bloc spatio-temporel (où le temps est assimilé à une dimension spatiale), la liberté et l'indétermination temporelle étant de simples illusions de l'observateur.

 

 

Est-il justifié de définir le temps comme une quatrième dimension spatiale ?

· Costa néglige d'abord le fait capital, indépendant des effets relativistes, que dans ce modèle la nature du temps est de dimension imaginaire (racine de -1) et reste strictement antagoniste pour l'observateur des dimensions réelles de l'espace. On peut bien sûr nier le devenir ; mais c'est alors sa propre existence qu'on nie ;

· Si la liberté est une illusion, que peut valoir le discours de Costa ? Le sens suppose la liberté ;

· Il existe des cas de prémonitions préventives d'accident et qui réussissent [Favre, 1982]. Le futur n'est donc pas écrit ;

· Enfin, l'existence de macro-PK sur cible déterminée (d'effets PK macroscopiques, par exemple : déplacements d'objets à distance), PK spontanés de loin les plus fréquents parmi ceux - extraordinaires - qu'étudient les parapsychologues, échappe totalement à son modèle, qui ne concerne que les micro-événements inobservés (nécessairement aléatoires selon le modèle quantique).

C. CONCLUSION

Les solutions proposées consistent donc soit à nier les faits, soit à proposer des interprétations voulant sauvegarder la causalité ou réduire le temps à une dimension spatiale - ce que dément formellement le psi. [Toutes nient la liberté, le sens et donc - paradoxe ô combien pertinent - le sujet qui énonce ces contrevérités. Autrement dit, c'est le Logos que nous dénonçons ici.]

Sommaire Animisme et espace-temps

 

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